Les bienfaits de la subvention

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La subvention des intrants agricoles et une juste rétribution des produits auxquels semblent tenir nos paysans sont de nature à renforcer leur compétitivité. Mais pour que l’agriculture puisse nourrir son homme et être attrayante notamment aux yeux des jeunes diplômés, il importe de faciliter l’accès des paysans au crédit bancaire à un taux d’intérêt presque nul. Cela, afin de prévenir des tensions sociales récurrentes et épargner à l’état des «dépenses insoutenables», comme cela avait été avancé pour justifier la décision de suppression de la contribution aux intrants.

En effet, premier producteur de coton avec plus de 700.000 tonnes, le Mali a évité de justesse une campagne cotonnière 2020-2021 presque blanche. Une situation qui aurait pu creuser davantage le déficit de notre balance commerciale et accentuer la pauvreté dans un pays déjà fragilisé par des crises. L’or blanc fournit des revenus à 40% de la population rurale de notre pays. La filière contribue à 22% des recettes d’exportations et 12% des recettes du budget national.

Pour éviter cette situation aux conséquences catastrophiques, le gouvernement a fait machine arrière en acceptant de fixer le prix de cession du sac des engrais du coton à 11.000 Fcfa au comptant et 11.658 Fcfa à crédit. Cette décision de l’exécutif national faisait suite à l’acceptation par le Premier ministre, Dr Boubou Cissé, de porter le prix du kilogramme de coton de 215 à 250 Fcfa.

Ces concessions normales (il ne pouvait en être autrement) ont certes permis de sauver la campagne en cours. Mais les mêmes raisons qui ont poussé l’exécutif à vouloir supprimer cette aide pourraient refaire surface l’année prochaine. Surtout que la Covid-19 en a rajouté à la fragilité économique de notre pays. L’année prochaine, l’urgence serait à la mise en place de mécanismes devant permettre une reprise économique rapide et durable. Il pourrait alors être difficile à l’état de faire face aux impacts financiers relatifs aux accords avec les partenaires sociaux et se permettre des dépenses comme la subvention des intrants agricoles.

L’accès des agriculteurs au crédit à un taux d’intérêt près de zéro pourrait permettre à l’état d’éviter de porter ce lourd fardeau. De l’avis d’experts, le niveau structurellement élevé des taux d’intérêt réels en Afrique, souvent plus du double du taux de croissance économique, constitue un goulot qui étrangle nos producteurs.

Quand vous empruntez à un taux d’intérêt supérieur au taux de croissance économique (4,9% au Mali), il y a peu de chances que vous puissiez rembourser votre emprunt, vu que le rythme de création de richesses (le taux de croissance économique) est plus faible que le coût d’acquisition des moyens de création de richesses (taux d’intérêt), argumente les spécialistes. Au Mali, ce taux est d’environ 11% pour les banques et près de 18% pour des institutions de microcrédits, surtout en milieu rural. Baisser ces taux en allégeant les critères d’accès au crédit pourrait résoudre durablement la question de la subvention.

Cheick M. TRAORÉ

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