L’infertilité : Un problème social et de santé publique

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L’infertilité est un problème réel de société dans notre pays. Le fait de ne pas avoir d’enfant peut être interprété, à tort par certaines communautés comme une malédiction. Le phénomène peut engendrer sur la durée des mésententes au sein d’un couple qui vit parfaitement en harmonie. En d’autres termes, l’infertilité peut contribuer à altérer la vie amoureuse du couple, voire sa dislocation.
Plus qu’un problème social, elle représente un réel problème de santé publique. Pr Augustin Tiounkani Théra ne dira pas le contraire. Ce spécialiste en gynécologie-obstétrique, exerçant à l’hôpital du Point G, souligne qu’une femme sur quatre consulte dans son service pour désir d’enfants. C’est dire que c’est un vrai problème de santé publique au Mali.

Le praticien hospitalier définit l’infertilité comme une incapacité pour un couple de ne pas concevoir d’enfant après une durée d’un an sans contraception et dans une vie conjugale normale. Il indique que cette incapacité mérite un traitement. D’après le gynécologue, l’origine d’une infertilité est assez vaste. Il précise qu’il y a une part liée à l’homme 25 à 30% et une part liée à la femme 30 à 35%. à cela ,s’ajoute 30% d’infertilité idiopathique, c’est-à-dire de cause méconnue.

Globalement, l’infertilité de l’homme ou infertilité masculine est généralement liée à un trouble du spermogramme, soit en quantité soit en qualité. Mais il souligne que très souvent, beaucoup pensent que c’est un problème de virilité. Le spécialiste estime que la virilité est totalement différente de l’infertilité. Car un homme peut être virile et en même temps infertile. La virilité est juste une capacité à accomplir l’acte sexuel qui n’est tout à fait liée au fait de procréer.

Mais chez la femme, le premier facteur qui influe sur la fertilité est l’âge. Ce qui signifie que l’âge influe négativement sur la fertilité. C’est ce qui fait que les femmes qui ont déjà eu des enfants ont des problèmes après à concevoir. Selon le spécialiste, entre 20 et 25 ans le taux de fécondité ou la probabilité qu’une femme tombe enceinte est de 30 à 35%. Entre 40 à 47 ans, ce taux est de 3 à 5%. Le deuxième facteur, c’est l’obstruction tubaire, c’est-à-dire que les trompes sont bouchées. Cela est lié à une inflammation pelvienne chronique. Cette obstruction passe inaperçue, mais peut être détectée au cours d’un examen.

Le fibrome peut également être un facteur d’infertilité. Le toubib précise que le fibrome n’est pas directement impliqué dans l’infertilité mais qu’il peut compliquer les choses. Le professeur assure que le fait d’avoir un fibrome n’empêche pas d’avoir un enfant s’il n’occupe pas la place réservée à l’enfant.

Mais souvent, clarifie-t-il, le fibrome de par, sa taille, peut occuper totalement la place de l’enfant. « C’est lorsque le fibrome a une composante intra cavitaire qu’il devient un obstacle », précise le médecin qui souligne que l’infertilité des hommes n’est pas expressive. Elle est, en effet, ignorée par son entourage. Avec les femmes, le critère d’âge est important. Déjà à partir de 35 ans, il y a une chute importante du taux de fécondité. Cette chute est accélérée après 40 ans et la ménopause intervient entre 45 et 50 ans.
Sur ce point, il précise que les gens ne vieillissent pas de la même manière. L’âge biologique est différent de l’âge administratif. « C’est pour cela que nous les soignants, nous devons toujours demander des analyses pour déterminer l’âge biologique de la personne », précise-t-il.

Pr Augustin Tiounkani Théra relève que la femme naît avec une réserve ovarienne, c’est-à-dire avec tous ses enfants. Son âge est donc déterminé en fonction de cette réserve ovarienne. Chez la femme toujours, il y a des caractères de virilisation. Ce sont des femmes qui ont des aspects d’homme. Dans ce cas, il y a ce qu’on appelle une inversion de sécrétion hormonale chez la personne. Chez l’homme, on peut avoir une féminisation des caractères sexuels secondaires. Cela peut aussi jouer sur sa fertilité.
Les conséquences de l’infertilité sont d’ordre social. L’infertilité va augmenter les tensions au sein du couple, voire évoluer vers le divorce. La femme en cause et l’homme incriminé sont stigmatisés dans la société.

Pourtant, il est possible de prévenir l’infertilité. Le gynécologue révèle qu’il y a des gestes qui, même s’ils ne marchent pas à 100%, permettent de prévenir l’incapacité de procréer. Chez les femmes, il s’agit de ne pas trop retarder le projet d’enfant, d’éviter des infections pelviennes chroniques. Surtout consulter, traiter tôt et éviter la chlamydiose qui passe inaperçue et qui contribue à boucher les trompes.

Pour les hommes, il est nécessaire d’avoir une bonne hygiène de vie et alimentaire. à la différence de la femme, l’homme fabrique des êtres vivants. Quand la personne n’est pas dans une condition environnementale adéquate (stress, alimentation déséquilibré, surcharge intellectuelle, maladies chroniques, tabac et alcool) cela peut jouer sur sa fertilité. Il y a des professions à risques comme les personnes qui travaillent dans des grands fourneaux comme les boulangers et les chauffeurs grands routiers. La raison, selon le spécialiste c’est que le testicule réagit très mal à l’élévation de la température. Il faut aussi changer les conditions vestimentaires.
Il faut donc éviter les habits serrés qui altèrent le spermogramme.

Concernant le traitement, le médecin gynécologue assure qu’on peut réellement traiter l’infertilité. Le traitement doit tout d’abord passer par la prise en charge sociale avant d’être médicale. Selon lui, le traitement commence par la mise en confiance du couple. Ce qui lui fait dire que dans ce domaine, il faut nécessairement un accompagnement psychologique.

Très souvent, les couples vivent une difficulté relationnelle à la maison avec des accusations mutuelles, ce qui conduit à une fragilisation du couple. Il note qu’il y a des fois un déni total de l’homme qui ne se considère pas du tout responsable. C’est ce que le spécialiste appelle la féminisation de la procréation. « Quand le couple arrive ainsi éprouvé, il faut un accompagnement pour le rassurer avant même le début du traitement », conseille-t-il.

à en croire le gynécologue, il faut également apprendre à décoder le message des patientes qui n’arrivent pas à dire clairement les choses. Il invite ses pairs à décrypter ce langage confus de ces femmes afin de soulager leur peine. Cela nécessite de les mettre en confiance pour enfin comprendre leurs motifs de consultation.
Sur ce point, il précise que ce qui est dommage, c’est le fait que ces femmes ne sont pas accompagnées par leurs époux.
Pr Augustin Tiounkani Théra précise qu’il n’y a pas de traitement standard. Concernant la femme, il y a une chaîne qui est composée de la production des ovules, la perméabilité des trompes et l’implantation qui doit être bien huilée. Le professeur précise qu’à ce niveau, il ne doit pas y avoir un obstacle. Il faut donc voir où se trouve le problème et le traiter.

Chez l’homme, c’est au niveau de la production de germes, la possibilité de déposer des germes et la capacité de ces germes à féconder. Si la situation est grave, il faut procéder par des techniques de procréation médicalement assistée. Ce sont des techniques qui ont permis de répondre aux aspirations à la parenté de certains couples. Elles sont coûteuses, d’où la mise en place d’un Centre de procréation médicalement assistée dans son service depuis 2016 qui n’est pas encore opérationnel. Il assure qu’avec ce centre, beaucoup de problèmes seront résolus.

Fatoumata NAPHO

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