Lutte contre la Covid-19 : Un relâchement quasi général

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La courbe des nouvelles contaminations connaît une baisse régulièrement depuis quelque temps. C’est suffisant pour renforcer les sceptiques dans le déni de la maladie. Même ceux qui respectaient scrupuleusement les mesures barrières sont en train de baisser les bras. De quoi raviver la crainte d’une résurgence de l’épidémie dans notre pays

Au moment où certains pays craignent une seconde vague de contamination au coronavirus à grande échelle, au Mali nos compatriotes baissent la garde. En tout cas, un constat empirique nous permet de confirmer qu’il y a de plus en plus un relâchement dans l’observance des gestes barrières, notamment le port du masque, le lavage des mains au savon ou leur désinfection au gel hydro alcoolique, le respect de la distanciation sociale, entre autres.
Pourtant, il est clair que nous ne pouvons pas prendre le risque de voir une explosion de la pandémie chez nous parce que notre pays est loin de boxer dans la catégorie de ceux qui ont plus de médecins, de structures de prise en charge des patients de la Covid-19, notamment en termes de services de réanimation et d’équipements.

Nos reporters ont fait le tour de la ville pour comprendre les raisons de ce relâchement dans la prévention contre le virus de la pandémie. À l’analyse, on se rend compte que la majorité de nos compatriotes sont dans le déni de la Covid-19. La peur bleue qu’ils avaient de la maladie est passée. Ce qui justifie le fait que de nombreuses personnes ne tiennent plus compte de ces mesures de prévention. Idem pour les services de l’administration publique et autres structures privées.

Devant un restaurant à Médina-coura, le dispositif de lavage des mains au savon est mis en place. Mais, il ne sert pas à grand-chose puisqu’il est superbement ignoré par presque tous les clients. Rien n’indique aussi que le promoteur des lieux oblige la clientèle à respecter cette règle d’hygiène édictée par les autorités dans la riposte contre la Covid-19. Les employés du restaurant non plus n’y veillent pas. À l’intérieur du restaurant, personne ne portait le masque pour se prémunir contre la maladie.

Pourtant, nombre de Bamakois avaient pris l’habitude de porter des masques lavables ou à usage unique. On est en train de perdre cette bonne habitude parce que la liste de ceux qui portent les masques sur les lieux publics ou au niveau des établissements privés peut contenir sur un ticket du Pari mutuel urbain (PMU). Fatim reconnaît avoir baissé la garde, mais elle garde toujours sur elle un masque et du gel hydroalcoolique.

«Il m’arrive de porter le masque dans des endroits qui ne me sont pas familiers», confesse-t-elle. Comme elle, beaucoup d’autres personnes n’observent plus la même précaution. Dans les ménages, par exemple, on avait pris soin de disposer d’un kit de lavage des mains au savon devant la porte ou dans un coin de la concession. C’était une exigence pour tous de sacrifier à ce préalable avant d’accéder aux membres de la famille.

PRINCIPES DE PRÉCAUTION- Dans la famille Seck dans un quartier de la place, on avait même pris des mesures extrêmes, notamment une interdiction de l’accès de la maison à des visiteurs externes. Maintenant, la mère a assoupli cette mesure mais le lavage des mains au savon reste toujours une exigence chez elle. Ibrahima Dembélé, lui n’applique pas le même principe de précaution. Il confirme que les gens qui le pratiquent ne respectent pas les mesures barrières.

Au niveau du «Vox da», un marché spontané qui s’est installé aux environs de l’ancienne salle de cinéma, tout comme au niveau du marché «Wonida» et au grand marché de Médine, c’est le même constat : les mesures barrières sont foulées au pied. Exceptionnellement, une cliente gare son véhicule et met une bavette. Elle confie intégrer ce réflexe depuis l’avènement de la Covid-19. Elle explique avoir pris l’habitude de venir s’approvisionner tous les mois dans ce marché.

Elle évoque une anecdote venue dans ce même équipement marchand avec ses deux garçons qui l’accompagnent souvent. Elle s’est vue affubler du sobriquet de «grande sœur coronavirus» et ses enfants de celui de «bébés coronavirus» par un jeune homme. Pour elle, il n’y a pas de doute que l’auteur de cette moquerie a les deux pieds dans la même bottine. Elle explique qu’elle continuera à se protéger de la Covid-19. Au niveau des établissements hospitaliers et autres centres de santé, on observe les mesures barrières presque partout.

À l’entrée de ces structures on prend la température et on applique également les solutions hydroalcooliques. Une fois ce premier rideau passé, ce n’est plus la même rigueur concernant le port des masques. Dans ces conditions, la queue devant les bureaux des entrées représente des risques réels parce que la distanciation sociale n’est pas respectée.

Dans les banques de la place et à la Cité administrative, le port des masques est obligatoire. Mais on commence à sentir un fléchissement. Pourtant, dans ces endroits hyper fréquentés, il faut maintenir la garde haute pour circonscrire les risques de propagation du coronavirus. À Baco-Djicoroni, dans une banque, le kit de lavage des mains est sur place ainsi qu’un bidon de gel. Mais les agents chargés de la sécurité ne soumettent pas les clients au respect des gestes barrières.

Dans une pharmacie à Konatébougou, le kit de lavage des mains au savon est plein à ras bord. Il était donc impossible de se laver. La situation dans cette officine pharmaceutique où personne ne semblait se soucier de la pandémie (parce que personne ne portait le masque) est inquiétante.

Les gens ne se protègent plus contre cette maladie

Dans une autre pharmacie à Missabougou, il y a deux kits de lavage des mains avec des savons liquides. Ici, un vigile veille à ce que les clients lavent leurs mains au savon avant d’y entrer. Même si un usager sort et revient dans la minute d’après, il est soumis à la même rigueur. Au niveau d’un service privé à Baco-Djicoroni, le respect des mesures barrières est une imposition. L’agent de sécurité posté à la porte veille au grain.

Pr Akory Ag Iknane, coordinateur de la cellule de coordination de lutte contre le coronavirus, confirme le relâchement dans les gestes barrières. Pour lui, la population n’a jamais respecté correctement les mesures de prévention, malgré l’imposition des mesures de précaution dans les lieux publics. Il a aussi rappelé les risques encourus dans les regroupements à Bamako où très souvent, seule une dizaine de personnes portent les masques. Cela représente un facteur potentiel de transmission du virus.

D’après lui, les porteurs sains peuvent diffuser le germe sans s’en rendre compte parce qu’ils ne présentent aucun symptôme. «Ce sont les difficultés que nous rencontrons malgré le taux de diminution très forte du nombre de cas», fait-il. Aussi, le coordinateur de la cellule de coordination de lutte contre le coronavirus déplore que certaines personnes soient toujours dans le déni de la maladie qui a fait plusieurs victimes dans notre pays.

Pr Akory Ag Iknane demande aux jeunes de se protéger afin de préserver les leurs. Depuis janvier dernier, il y a une réactivation du système de surveillance épidémiologique. En termes clairs, explique notre interlocuteur, le Mali a été proactif avec un plan d’actions qui prend en compte tous les partenaires et secteurs avec un système de surveillance plus ou moins efficace et une communication intense qui s’adresse aux médias mais aussi à toute la société civile. Jusque-là, le taux de guérison (75%) est assez satisfaisant.

Quant au taux de létalité, il avoisine 4,9%. «Ce taux est élevé parce que nous prenons en compte les décès dans les établissements hospitaliers et dans de la communauté», précise le Pr Akory Ag Iknane, ajoutant que le Mali est l’un des rares pays à faire cela.

Pour une question de transparence et de prévention d’une éventuelle contamination, ce sont les centres hospitaliers qui s’occupent des défunts pour les obsèques. «Le défunt est mis dans un sac mortuaire et interdit à la population jusqu’à son prélèvement. Et lorsqu’il est négatif, nous remettons le corps à la famille pour l’enterrement. Mais si le résultat est positif, c’est le centre qui se chargera d’enterrer le corps», explique le coordinateur de la cellule de coordination de lutte contre le coronavirus.

Et d’indiquer que ce sont ces mesures qui ont permis au Mali de réduire de façon importante la courbe épidémique. Pour maintenir ce statut, le coordinateur invite la population à s’inscrire dans la prévention mais surtout à respecter les gestes barrières. Le Pr Akory Ag Iknane assure que si les mesures barrières sont respectées, «nous pouvons réduire de façon drastique la transmission et même éteindre l’épidémie». Et notre interlocuteur d’indiquer que le simple lavage des mains au savon peut réduire de plus de 65% les risques de contamination.

Ainsi, invite-t-il la presse à s’impliquer dans la sensibilisation de nos concitoyens et aider les autorités à lutter contre la Covid-19.

Fatoumata NAPHO

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