Lutte contre le paludisme : Des stratégies adaptées au contexte du COVID-19

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À cause de la propagation du coronavirus, le Programme national de lutte contre le paludisme réajuste ses méthodes dans la distribution de moustiquaires imprégnées et aussi dans la chimio prévention du paludisme saisonnier chez les enfants

La communauté internationale célèbre chaque 25 avril, la Journée mondiale de lutte contre le paludisme pour mettre en lumière les progrès enregistrés dans la lutte contre cette endémie majeure dans les pays africains et les engagements pris à l’échelle mondiale pour éliminer le fléau. La communauté internationale compte donc aller à l’éradication totale de la malaria, d’où le thème « Zéro paludisme, je m’engage ». Cette année, la Journée est célébrée dans un contexte très particulier de pandémie de Covid-19.
Cela exige d’adopter des stratégies innovantes pour assurer la continuité des services de prise en charge du paludisme et atteindre l’objectif zéro cas. Cette résolution a été évoquée par le directeur général du Programme national de lutte contre le paludisme (PNLP), Dr Idriss Cissé, lors d’une conférence de presse, tenue, hier, dans ses locaux. En prélude à la Journée, le PNLP a fait le point de la situation de la lutte contre le paludisme au Mali.
Le directeur général du PNLP a rappelé le contexte particulier du coronavirus et expliqué qu’il faut par conséquent appliquer des mesures particulières. Selon lui, le paludisme tue plus que le coronavirus. Et ne rien faire représenterait un gros risque de tomber dans une situation d’épidémie.
Par conséquent, Dr Idriss Cissé a relevé que la lutte contre le paludisme se fera dans ce contexte particulier avec le respect des mesures barrières pour minimiser le risque de contamination. Conscient que les activités de lutte contre le paludisme demandent beaucoup d’attroupements, il a souligné que le Programme a déjà réfléchi à la manière d’éviter ces rassemblements, tout en assurant que les dispositions utiles ont été prises pour cela. Par ailleurs, le directeur du PNLP dira que ses agents vont se déplacer de porte-à-porte pour distribuer les moustiquaires imprégnées d’insecticide. Même pour cela, les agents de santé observeront les mesures de prévention. La chimio prévention du paludisme saisonnier (CPS) chez les enfants ainsi que les autres stratégies de lutte contre le paludisme se feront de la même manière.
Comme activité réalisée en 2019, le PNLP a distribué 920.754 moustiquaires, dont 61,28% aux femmes enceintes et 62,60% aux enfants. Pour la campagne de couverture universelle, plus de 3 millions de moustiquaires ont été distribuées dans les Régions de Gao, Tombouctou, Kidal, Ménaka, Taoudenit et Ségou.
À en croire les statistiques fournies par le PNLP, concernant la prise en charge des cas de paludisme, 94% des cas suspects ont été diagnostiqués par la GE (goutte épaisse) ou le TDR (test de diagnostic rapide), 68% confirmés par le GE ou le TDR et 98% de paludisme simple traité par CTA (combinaison thérapeutique à base d’artemisinine). Comme défis, le Programme s’engage à mobiliser des ressources financières internes en faveur de la lutte contre le paludisme, à assurer la disponibilité permanente des intrants à tous les niveaux et à disposer d’une meilleure organisation de l’offre et de l’utilisation des services.

Dr Idriss Cissé, directeur général du PNLP

400.000 décès par an- Dr Boubacar Sidibé, représentant de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), affirmera que les pays africains ont réalisé des progrès considérables dans la lutte contre le paludisme et l’Algérie a été certifiée exempte de paludisme en 2019. Il a aussi déclaré que la Région africaine de l’OMS comptait encore 213 millions de cas de paludisme en 2018, ce qui représente 93% de la morbidité mondiale, ajoutant que chaque année plus de 400.000 personnes décèdent des suites du paludisme et 94 % de ces décès surviennent dans la région africaine et les enfants de moins de cinq ans paient le plus lourd tribut parce qu’ils représentent 67 % des décès.
Dr Sidibé a déploré cette situation alarmante et inéquitable. Et d’annoncer que dans le cadre des Objectifs de développement durable, les pays ont pris l’engagement de mettre fin à l’épidémie de paludisme d’ici à 2030. Il s’agit de l’initiative E-2020 pour l’élimination du paludisme qui a été lancée en 2017 et, pour mettre un terme à l’augmentation du nombre de cas surtout dans les pays d’Afrique subsaharienne, l’approche : « pour une action à fort impact dans les pays à forte charge » de l’OMS a été adoptée en 2018.
Il y a un an, des essais pilotes du premier vaccin antipaludique mondial, RTS’S, étaient effectués au Ghana, au Kenya et au Malawi. Ce vaccin a été administré à 275.000 enfants. Cette action, selon le représentant de l’OMS, est louable certes, mais nous sommes loin de l’objectif fixé pour 2020 à savoir : réduire de 40 % l’incidence du paludisme et la mortalité liée à cette maladie.
Le représentant de l’OMS a exhorté les acteurs de la lutte contre cette épidémie à redoubler d’efforts pour parvenir à une réduction de 75% de la charge due au paludisme d’ici 2025. Il a invité les pays à allouer des ressources à la lutte contre le phénomène, mais aussi à œuvrer de façon multisectorielle pour renforcer la collaboration transfrontalière dans la lutte contre le paludisme.
Dr Sidibé a estimé tout de même qu’avec le financement nécessaire, une coordination solide, des partenaires dévoués et la collaboration des communautés, nous pouvons parvenir à une Afrique exempte de paludisme.

Fatoumata NAPHO

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