Mali, Bréhima Amadou Haïdara, Directeur Général de la BDM : «Les banques contribuent à près de 3000 milliards de fcfa par an au financement de l’économie»

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Le patron de la Banque de développement du Mali, qui est aussi le président de l’Association professionnelle des banques et établissements financiers du Mali, parle de la situation du système bancaire dans notre pays. C’était à l’occasion de la 9è édition de la Journée de l’APBEF

L’Essor : Monsieur le président, l’APBEF a organisé, le 12 décembre dernier, la 9è édition de sa Journée sous le thème : « La révolution digitale : quels enjeux pour les banques ? » Qu’est-ce qui a motivé le choix de ce thème ? Pouvez-vous expliquer ce que c’est que la révolution digitale ?
Bréhima Amadou Haïdara : La révolution digitale est un phénomène qui a entraîné un profond bouleversement de la société grâce aux techniques de l’Internet, de la télécommunication et des applications numériques. Cette révolution concerne le secteur bancaire. Quant au thème de cette 9è édition, il est d’actualité. Il a été choisi pour accroître la connaissance de la population, des clients, des partenaires, des autorités et des actionnaires par rapport à la nouvelle donne qui a entraîné aujourd’hui, des bouleversements dans notre façon de faire la banque. Hier, pour faire une opération bancaire, il fallait se rendre dans une agence bancaire. Aujourd’hui, avec le digital, avec son téléphone ou même si vous avez une connexion Internet, vous pouvez faire, à partir de votre maison, toutes les opérations bancaires classiques, à savoir : les virements, les paiements, les demandes de carte bancaire, les oppositions sur votre compte, votre carte. Toutes choses qui étaient impossibles, il y a quelques années.

L’Essor : Quelles sont les innovations de l’édition de cette année ?

B. A. H. : Cette année, nous avons effectivement fait des innovations en commençant par une caravane d’information et de sensibilisation des populations sur la Journée. Ladite caravane a sillonné les six communes de Bamako pendant trois jours. En fait, c’est après avoir fait le bilan des huit éditions passées, que nous avons constaté que d’année en année, la mobilisation faiblissait alors que l’objectif de ces journées, c’est d’approcher les populations afin qu’elles comprennent les opérations bancaires. Il s’agit aussi pour nous d’être plus attentifs à leurs préoccupations. L’objectif étant de rapprocher les banques des populations, nous avons réfléchi à un nouveau format qui implique lesdites innovations. Comme deuxième innovation, nous avons organisé une tombola qui a attiré beaucoup de gens puisque nous avons mis en jeux de nombreux prix. La 3è innovation, c’est la conférence débat, sur le thème de la Journée. à cette occasion, des experts sont venus expliquer les contours, les enjeux et les perspectives pour le digital. La 4è innovation est l’invité d’honneur qui est la Chambre permanente des métiers des artisans. Pourquoi? Parce que l’artisanat joue un rôle très important dans le système socio-économique du pays, mais a des problèmes d’accès au financement. Nous avons invité les artisans afin qu’ils puissent être plus proches des banques et du secteur financier, pour échanger, dialoguer et mieux nous comprendre. Par conséquent, les artisans sont massivement sortis et en plus des étudiants, ils ont contribué à la réussite de la Journée qui a été l’occasion d’une forte mobilisation. Ce qui a permis de faire une bonne sensibilisation grâce à une bonne communication.

L’Essor : La mobilisation, c’est à Bamako seulement ou dans tout le pays ?

B.A.H. : La mobilisation est générale puisque nous avons organisé une conférence de presse qui a été relayée par les médias afin que chacun se sente concerné.

L’Essor : En gros, quels sont les enjeux de la révolution digitale pour les banques ?
B.A.H. : L’enjeu majeur, c’est l’étendue des capacités d’adaptation et de relever le défi sécuritaire. Ce qui fait qu’aujourd’hui, la formation du personnel et des clients est une de nos principales priorités. Il faut aussi constamment chercher à sécuriser les opérations d’intégration des nouvelles applications et de la digitalisation des processus parce que c’est nouveau et il faut que notre système d’information puisse s’adapter.

L’Essor : Comment se caractérise aujourd’hui le paysage bancaire malien ?
B. A.H. : Aujourd’hui au Mali, nous avons 14 banques et trois établissements financiers (Fonds de garantie hypothécaire du Mali, spécialisé dans la garantie du financement du logement, Alios finance spécialisé dans le crédit-bail et le Fonds de garantie du secteur privé).

L’Essor : Existe-t-il une banque d’investissement au Mali ?
B. A. H : Non. Aujourd’hui, nous avons des banques universelles qui font toutes les opérations. Nous n’avons pas de banque spécialisée exclusivement dans l’investissement, mais toutes les banques financent quelque part l’investissement en fonction de leur sensibilité et des priorités par rapport aux orientations données par les organes de décision.

L’Essor : Comment évolue la bancarisation de la population ?
B.A.H : La bancarisation a fait un grand bond en avant dans notre pays. Actuellement, elle permet aux populations de faire plus facilement les opérations, notamment les transactions commerciales. Le taux de bancarisation s’élève aujourd’hui à 23,26%. Il y a deux ans, il était autour de 15,17%. Quand on l’étend à la microfinance, il atteint 36,73% et quand on l’étend aux émetteurs de monnaie électronique, il s’affiche à 54,19%. La semaine de l’inclusion financière qui est organisée par la Banque centrale et la Journée de l’APBEF contribuent toutes à booster la bancarisation parce que leur objectif est de rapprocher les populations du système bancaire.

L’Essor : Quelle est la contribution des banques à l’économie ?
B. A. H. : Notre contribution à l’économie est très forte. J’entends souvent dire que le secteur privé est le moteur du développement. C’est une réalité parce que le secteur privé tire la croissance, mais il est essentiellement financé par le système bancaire. Aujourd’hui, notre apport dépasse les 20% du PIB. En termes de financement, nous contribuons à près de 3000 milliards de Fcfa par an.

L’Essor : Quelles sont les grandes difficultés auxquelles les banques sont confrontées ?
B.A.H : Nous sommes d’abord confrontés au problème des ressources longues. Nous avons généralement des ressources à court terme. Ce qui ne permet pas de faire face au financement de l’investissement. La deuxième difficulté, c’est l’environnement juridique et judiciaire. Nous subissons souvent certaines décisions de justice dont nous ne comprenons ni la pertinence ni le bien-fondé. Ces décisions ont des conséquences qui peuvent même entacher la liquidité des banques. Quand vous êtes condamné à payer des montants importants à un débiteur, cela peut mettre à mal votre trésorerie et même votre solvabilité. à cela, il faut ajouter le comportement de certains clients qui n’honorent pas leurs engagements. Ce n’est pas généralisé, mais quelques clients posent problème. Autre gros problème : la fraude sur les instruments de paiement (chèques, cartes bancaires, attaques cybercriminelles). Raison pour laquelle, nous élaborons des stratégies. Aujourd’hui, nous avons mis en place des dispositifs pour sécuriser les chèques et pour faire face aux autres problèmes. Les cartes bancaires aussi font l’objet de fraude surtout quand on fait des achats à travers Internet. Les fraudeurs accomplissent les sales besognes à travers les codes s’ils parviennent à les obtenir. Ils attaquent les systèmes informatiques.

L’Essor : Les privés se plaignent de l’accès difficile au crédit bancaire.

B.A.H. En fait, la relation entre le client et la banque est une relation de dialogue permanent, d’intérêt mutuel et de gagnant-gagnant. Nous avons intérêt à donner de l’argent et à le faire fructifier, mais le client lui aussi doit, à son tour, fournir un projet bancable. Si toutes les conditions sont réunies, la banque met en place le crédit et lorsqu’un projet est rejeté, c’est parce que les conditions ne sont pas réunies. En plus, lorsqu’on vous refuse un crédit, vous pouvez toujours revenir car généralement on notifie au client la cause pour laquelle son dossier n’a pas abouti. Donc, il peut revenir en corrigeant les faiblesses de son dossier. Il faut aussi noter que notre environnement évolue et nous essayons d’évoluer avec, et de nous adapter.
Présentement, nous avons une contrainte majeure qui est la réglementation bancaire. La nouvelle réglementation Balle 2 et Balle 3 a introduit de nouvelles contraintes en ce qui concerne le financement. Il faut que les clients le comprennent. Toutefois, l’accès au financement est un droit pour tout le monde et la banque doit accorder le crédit à un client à sa demande pourvu que les conditions requises à cette demande soient respectées.

L’Essor : Les structures de télécommunication offrent à leurs clientèles des services semblables à ceux des banques. Ces structures ne font-elles pas la concurrence aux banques ? Comment gérez-vous la cohabitation ?
B.A.H. : Cette cohabitation se porte bien et elle est très fructueuse pour les deux parties, contrairement à l’apparence. Actuellement, il y a une très grande complémentarité entre nous et les compagnies de téléphonie mobile. Elles construisent des plateformes qui offrent leurs services aux banques.
Le développement du digital se fait avec les opérateurs de téléphonie mobile.
De notre côté, nous leur offrons nos guichets. La plupart des banques ont un service Orange money, Mobicash. Nous mettons à leur disposition notre clientèle. C’est une relation de gagnant-gagnant. Les deux parties y gagnent et nous travaillons en bonne intelligence.

L’Essor : Quelles sont les perspectives de développement de la monnaie électronique ?
B.A.H : Elle s’installe progressivement dans nos habitudes à travers les paiements. Les opérations classiques étaient plus compliquées. Aujourd’hui, l’accès est devenu plus facile avec le téléphone mobile et la monnaie électronique prend de l’essor. Elle prendra encore plus d’importance avec le développement du digital. Il y a quelques années, on n’en parlait pas.
Demain, elle va prendre de l’importance dans les transactions. Elle est plus facile et plus sécurisée car elle met à l’abri des pertes d’argent. Par ailleurs, nous procédons à la vulgarisation des TPE (terminaux de paiement électronique) que nous installons au niveau des commerces, des restaurants, etc. Avec les cartes bancaires, on peut facilement faire des transactions au niveau de ces TPE.
J’exhorte les populations à faire confiance aux banques, à moins thésauriser et à utiliser les canaux bancaires en vue du développement de notre économie et de la sécurisation de leurs avoirs. Nous sommes là pour les populations et nous développons les produits bancaires pour elles et, particulièrement le digital pour faciliter leurs transactions quotidiennes.
Propos recueillis par
Fatoumata Maïga

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    Segoudah 24 décembre, 2019 àt 09:21 Répondre

    Mr Bréhima est un homme dynamique et c’est salutaire mais mettez aussi en valeur la finance islamique cela pourra augmenter le taux de bancarisation et aussi il faut vraiment lutter contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme.

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