Marchés de Bamako : Le calvaire des usagers

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Marchés de Bamako : Le calvaire des usagers

À Bamako, ville au plus de trois millions d’habitants, la saison des pluies tend à tourner au cauchemar. Dès que le temps menace, surtout tôt le matin, les ménagères accourent en direction des marchés, pour, disent-elles, faire leurs courses avant la tombée de la pluie. Sinon après, les marchés sont inondés. La boue drainée par les eaux de pluie occupe presque toutes les voies d’accès et les allées du marché. Pour s’en convaincre, notre équipe de reportage a fait le tour de certains marchés.

Bintou Diarra est vendeuse de légumes frais au marché de Sabalibougou, en Commune V. Chaque hivernage, elle côtoie des ordures charriées par les eaux de pluies. Contrairement à l’adage qui dit qu’«après la pluie, c’est le beau le temps», ici au marché, c’est plutôt le calvaire pour les marchands et les clients, lance la commerçante, l’air dépité. Certains d’entre eux n’ont même pas envie de fréquenter le marché par peur de marcher dans la boue et les flaques d’eaux stagnantes, renchérit Awa Dao, marchande de poisson fumé.

Cliente venue acheter ses condiments de la semaine, Mme Maïga Zeïnabou Dicko exprime, elle aussi, son courroux. «Les voies menant au marché sont impraticables après la pluie. Comme vous pouvez le constater, le marché est presqu’inondé aujourd’hui. Après la pluie, ajoute-t-elle, il est très difficile de faire le marché à cause des eaux de pluies et de la boue.

Conséquences, les activités tournent au ralenti, déplore Kadiatou Namogo, vendeuse de poissons frais. «Nous sommes là depuis 6 heures du matin. Personne n’a pu vendre à cause de la pluie matinale», précise la commerçante. Car, certains clients ont peur de sortir sous la pluie par crainte d’attraper la grippe ou d’autres maladies, souligne-t-elle.

Même constat au marché de Ouolofobougou, en Commune III. Des tas d’ordures jonchent le lieu. Les caniveaux sont obstrués par les sachets plastiques et les ordures ménagères. Marcher dans ce souk en cette saison pluvieuse sans se boucher les narines relève de l’exploit, commente Bakary Bathily, propriétaire d’une mercerie. Seuls les hommes et les femmes téméraires peuvent tenter l’aventure, rigole le commerçant, montrant du doigt les autorités municipales. Celles-ci peinent, selon lui, à curer les équipements de voirie provoquant des inondations en cas de fortes pluies.

Pourtant, interpelle le négociant, les assujettis s’acquittent de leur devoir vis-à-vis de la mairie. «Je paye régulièrement mes taxes. Les vendeuses de condiments paient quotidiennement 50 Fcfa. Les service d’hygiène ou d’assainissement de la mairie ne fournissent aucun effort pour le ramassage des ordures qui inondent le marché», regrette le négociant. Pour lui, le marché a besoin de travaux urgents comme le dallage des voies, l’aménagement d’un dépôt de transit d’ordures, la construction de latrines modernes, d’un grand hangar pour les vendeuses de condiments, de nouveaux collecteurs d’eaux usées et la mise en place d’un mécanisme pérenne de curage régulier des caniveaux.

Après la pluie, le marché se transforme en «marécage» par endroits, renchérit Bréhima Dembélé, boucher au marché de Lafiabougou Talico, en Commune IV. La raison ? Toutes les canalisations d’eaux pluviales sont obstruées par des sachets plastiques, explique Ousmane Tounkara, éboueur au compte d’un groupement d’intérêt économique (GIE).

En la matière, le curage des caniveaux, la gestion des ordures et l’assainissement des marchés relèvent de la responsabilité de la mairie, confirme un ex-élu de la Commune IV. Il faudrait, pour ce faire, que les citoyens payent correctement et régulièrement leurs taxes et impôts qui sont les principales sources de revenus pour la municipalité, précise cet ancien conseiller.

En général, la plupart des centres d’état-civil surtout secondaires ne disposent pas de dépôt de transit d’ordures ou de véhicules dédiés au ramassage des ordures, déplore-t-il. Ils sont alors obligés de contracter avec des groupements d’intérêt économique (GIE) pour faire ce travail, ajoute-t-il. D’où les difficultés, selon lui.

Yacouba TRAORÉ

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