Mariage : LES COUSINES SONT FAITES POUR LES COUSINS

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L’union entre cousin et cousine est comme une pièce de monnaie. Pile, c’est le bonheur ; face, c’est le divorce et son lot de frustrations

Le mariage entre le cousin et sa cousine est l’union sacrée entre deux individus ayant un ancêtre en commun. Actuellement, le mariage entre cousins est plutôt mal vu, parce que ce type de liaison découle de la décision imposée par les parents des futurs conjoints. L’amour dans ce cas n’est pas la motivation primordiale. L’attirance sentimentale qui impulse le souhait de fonder une famille et de vivre ensemble ne légitime pas le mariage entre cousins. Dans toutes les ethnies maliennes les jeunes sont élevés dans le principe de base selon lequel « les cousines sont faites pour les cousins». Être issus du même sang selon les lointains ancêtres fondateurs de nos communautés consacrait la pérennité et la solidité des liens conjugaux.
Cette croyance populaire bénit l’acte par lequel le couple des cousins se place dans une situation juridique durable afin d’organiser la vie commune. Le but du mariage étant de constituer un cadre de vie stable, commun aux conjoints et aux enfants. Ceux qui sont issus du même sang sont supposés être placés sous une protection divine. Dans les sociétés traditionnelles, le mariage est l’alliance de deux familles. Le mariage au Mali diffère selon les ethnies et les différentes classes. Le Mali est un pays laïc, cependant la plupart des mariages se font selon les us et coutumes associées à la tradition musulmane. L’imam de Niamankoro , Moussa Diarra illustre le mariage entre cousins en ces termes :« Notre Bien Aimé Prophète Mohamed (Paix et Salut sur Lui ) a épousé sa cousine, Zeïneb Bent Jahch, la fille de sa tante Omaïma Bent Abdel.
Le Prophète (Paix et Salut sur Lui) a donné sa propre fille Fatima en mariage à son cousin Ali, et ils ont eu des enfants en bonne santé. L’Islam recommande aux musulmans de choisir une femme qui ne fait pas partie de la même famille pour assurer une progéniture saine protégée des maladies consanguines ou héréditaires, et également, pour tisser des liens entre les différentes lignées. L’islam autorise le mariage entre cousins », soutient l’iman.

UNION AUTORISéE – Le juriste Alou Coulibaly diplômé en droit de l’Université de Dakar soutient que « le mariage entre cousins est autorisé au Mali selon la loi. Il révèle que sur dix divorces, on constate que huit concernent les mariages entre cousins».
Mme Fadimata Maïga, nouvelle mariée à son cousin confie qu’elle contracte cette union avec son cousin par amour. Dans notre famille mon père n’accepte pas le mariage entre cousins, qui est la règle générale dans notre ethnie. Je suis la quatrième fille dans notre famille et suis la seule à me marier avec un membre de notre famille », a t-elle souligné. Le jeune entrepreneur, Moussa Fomba, qui réside à Kalaban –coro révèle que son mariage avec sa cousine remonte à dix ans. « C’est mon père qui a tout planifié avec la famille de ma femme, qui est la fille de sa sœur aînée. Nous nous aimons et nous avons quatre enfants », insiste Moussa.
Mme Diarra Sitan Sow, est mariée avec son cousin. Et ça marche à merveille pour le couple. Ce mariage a été arrangé par la mère de mon mari. Elle est la grande sœur de ma mère. Je vis en parfaite harmonie avec mon mari. Par la grâce de Dieu, on a eu deux enfants,
a t-elle dit.
La ressortissante du Wassoulou, Mme Sidibé Fatoumata Sidibé, a connu un premier mariage malheureux. Elle était mariée à son cousin, le fils de son oncle (le grand frère de son père). Le divorce est intervenu six mois seulement après l’union sacrée. Le couple vivait dans la grande famille de son mari (son cousin). Les conjoints se disputaient tous les jours. 
«  Et mes beaux parents défendaient mon mari. De l’autre côté ma famille aussi prenait ma défense. La conséquence de ce mariage raté est que jusqu’à présent nos deux familles ne s’entendent pas. Je déconseille formellement le mariage entre cousins car cela aboutit toujours à l’échec », a t-elle plaidé.
Les premières fiançailles de l’actuel Mme Doucouré Fatoumata Diarrassouba avec l’ un de ses cousins n’avaient pas aboutit au mariage. L’union sacrée proposée avait été arrangée par son père et un oncle. « Au fait, ni moi, ni mon cousin n’était intéressé par cette union. Mais nous avions accepté l’idée par respect à l’égard de nos parents », reconnait Fatoumata. Nous avons beau essayé, rien n’y fit. Nous avons rompu le lien. Après ce désastre, les parents étaient tous gênés, parce qu’ils m’avaient imposé ce mariage. Nul ne se marie pour un bout de temps. C’est pour toute la vie. Aujourd’hui je suis mariée à l’homme que j’aime et qui m’aime aussi», se réjouit Fatoumata.
« Le mariage entre cousin et cousine est une réalité chez nous à Dia, dans la région de Mopti », nous a confié Famada Nabo. Elle rappelle que dans sa propre famille, un tel mariage a été scellé entre son grand frère et sa cousine. Celle-ci après l’obtention de son Diplôme d’études fondamentales (DEF) était venue poursuivre ses études dans la capitale chez son grand papa, le grand frère direct de son père. Quelques années après, les parents décidèrent de donner la cousine en mariage à son cousin. Les jeunes ne partageaient pas le souhait de leurs parents. L’esprit de cette nouvelle génération faisait valoir que chacun devait choisir librement son conjoint. Ils finirent par accepter par crainte des malédictions que pourraient proférer leurs géniteurs. La convivialité et le respect mutuel favorisent -ils l’amour entre deux êtres qui au départ ne ressentaient rien l’un pour l’autre ?
Aujourd’hui, ce couple est très heureux. Ils ont quatre enfants dont une fille. Notre interlocutrice a ajouté que de nombreux autres jeunes de son village se sont mariés avec des enfants d’ailleurs. Mais le taux de mariages entre cousins est toujours élevé.
Les jeunes décident de leur propre chef de se marier avec les filles de la même ethnie et de la même grande famille qu’eux. Le groupe d’âge d’un de ses cousins dresse même une liste des filles que ses membres convoitent. Ils font leur propre enquête sur ces filles avant de soumettre les résultats aux parents. Beaucoup de mariages ont été scellés ainsi.
Selon un griot de Bamako, de nombreux arguments plaident en faveur ou contre le mariage entre cousins. «Autrefois, nos communautés ne célébraient, que des mariages entre cousins, des mariages arrangés. Ces unions étaient vraiment sacrées. Ces mariages réussissaient à merveille. Il n’y avait pas de conflit et les enfants étaient bénis.
Les liens de parenté se renforçaient. Mais de nos jours, les enfants ne respectent plus leurs parents. Même si le mariage se fait, après quelques mois ou quelques années le divorce survient brutalement. Après ce divorce, les membres des deux familles alliées ne se saluent plus. « Par crainte de ce dommage collatéral, beaucoup de familles refusent le mariage entre cousins », indique le vieux griot.
La réussite ou l’échec du mariage entre cousins découle de la capacité des conjoints à instaurer ou non la bonne communication entre eux. Le sourire dissipe toutes les tensions dans le foyer conjugal.

Fatoumata T. DIAWARA

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