Médecine traditionnelle: Les vertus thérapeutiques et mystiques des restes d’animaux

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Certains adeptes des sciences occultes ne jurent que par les peaux de serpent, de crocodiles, les têtes de vautour, les os de cheval, les crocs de lion… pour soigner des maladies, conjurer le mauvais sort et susciter la bonne fortune. Chasseurs, vendeurs et marabouts en font un business lucratif

Au Grand marché de Bamako, la mort des animaux semble bien faire vivre certains de nos concitoyens. Sous des hangars, des tas d’ossuaires sont exposés sur des tables poussiéreuses. Des têtes de vautours, de serpents, de crocodiles et de singes surprennent le regard avec leur fixité cadavérique. Sur les mêmes étals, des peaux de lions, des peaux d’hyènes, des dents acérées de crocodiles ou des cornes de quadrupèdes. Dégageant une odeur fétide. A quoi peuvent bien servir tous ces restes d’animaux ?

à bien de choses, nous informe-t-on. Ces ossements et ces peaux d’animaux sont loin d’être de simples curiosités. Au contraire, ce sont des forêts de symboles qui échappent à la vue du profane. « Ces animaux morts ont toujours en eux des étincelles de vie impalpables pour les non initiés », explique Seydou Traoré, un vendeur. Car, derrière leur défunte apparence, il y a des secrets pour régler des problèmes de la vie humaine, ajoute-t-il.

Cette activité, qui pourrait paraître atypique aux yeux de certains, est animée par trois acteurs. D’un côté, se trouvent les donso (chasseurs) qui, après avoir abattu des animaux de la brousse, les revendent à ces vendeurs. De l’autre, il y a les marabouts qui utilisent les parties de ces animaux pour en faire des amulettes, des gris-gris ou des breuvages magiques.

Sourire aux lèvres, la tête coiffée d’un bonnet étoilé de cauris, Adama évolue dans ce commerce depuis belle lurette. Il croit bien aux sciences occultes. Sa fidélité aux croyances ancestrales est, dit-il, incorruptible. Adama se glorifie d’être un grand connaisseur des secrets de la brousse et des incantations. La voix nostalgique, le regard rêveur. S’il pérégrine dans le passé, c’est pour ressusciter son enfance avec beaucoup d’anecdotes. Il garde intacte dans la mémoire l’histoire de son maître chasseur qui était rompu dans le maniement du sabre et du fusil.

à en croire ses propos, c’est ce dernier qui lui a enseigné comment percer les mystères des quadrupèdes et des êtres ailés. Mon Karamoko (maître), comme il le nomme affectueusement, était un donso très célèbre dans le kaarta. Combien de fois n’a-t-il pas répandu la mort et la terreur dans les rangs des bêtes les plus féroces ? Lorsqu’il sortait le matin, l’œil indompté par le sommeil, il rentrait à midi les épaules chargées de gibier, se souvient notre interlocuteur. Savoir occulte qu’il a certainement transmis à son disciple. Car, Adama dit avoir fait des miracles. « J’ai aidé des femmes à avoir des enfants. J’ai conjuré des mauvais sorts et guéri de nombreux malades. J’ai construit une maison. Je parviens aujourd’hui à prendre en charge mes femmes et mes douze enfants », se vante-t-il.

Pour Kouyaté, ce travail n’est rien moins que la sauvegarde des choses anciennes. Il s’agit d’une science thérapeutique, mais aussi d’un savoir ésotérique. « Marabaga » ou « fenkoromara », ainsi se nomme cette connaissance de la parole ancestrale et du symbolisme qui accompagne les animaux.

Kouyaté, quoi que loquace, est circonspect quand il s’agit de Marabaga. Il ne se hasarde pas de divulguer tout ce qu’il sait au premier venu. « Kouma be te fo ! » (Tout ne peut pas être dit), s’exclame-t-il, en agitant une queue de vache qu’il tient dans sa main. Après avoir hésité plusieurs fois, il se décide enfin à se confier à nous. Chaque animal possède des particularités symboliques. Chaque bête a un pouvoir de bienfaisance et de nuisance.
Selon lui, l’aigle, le python, le lion et l’hippopotame appartiennent à la noblesse animale. Ce sont des animaux porteurs de symboles positifs. La peau du python confère grandeur et prospérité. C’est un animal majestueux. « Si vous avez un porte-monnaie fait à partir de la peau de ce reptile, jamais vous ne connaitrez la galère », dévoile-t-il.

L’aigle, lui, est un animal impérial. Lorsqu’il vole dans les nues, ses gestes sont empreints de grâce, son plumage est fascinant. Ses yeux terrifiants.
Son cri rauque. Il en est de même pour le lion qui règne sur les autres animaux de la brousse. Sa force et son allure royale sont appréciées des marabouts, lance-t-il. Donc, ce sont les moris (marabouts) qui recopient les passages les plus codés du Coran qui seront placés dans la peau d’un de ces animaux nobles pour être cousus par un cordonnier. Pour quoi faire ?
à ce propos, Madou Fofana estime que ces parties animales sont des boucliers qui protègent les humains.

Traditionnaliste convaincu, Madou ne s’extasie guère face aux progrès de la médecine moderne. « Ces docteurs sont impuissants lorsqu’il s’agit de guérir des maladies provoquées par les missiles occultes ou la chimie noire (koroté). Ou, quand les forces maléfiques (djinn et sorciers) prennent possession de l’esprit d’un malade. Ou quand la chance vous sourit peu », argumente-t-il, jurant par tous les mânes de ses ancêtres que toute la solution à certains problèmes existentiels existe dans la nature.
« Le cobra a le pouvoir de guérir l’hépatite, la peau de la truie est un remède efficace contre la stérilité de la femme », affirme le praticien, l’air serein et convaincu. Comme quoi, nous devons beaucoup aux animaux. En plus de leur chair pour nous nourrir, leurs restes permettent de nous soigner.

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