Médiation pour la sortie de crise : La CEDEAO ne ménage pas ses efforts

0
358

Après quatre jours de tractations, la mission n’a pas réussi à faire adhérer le M5-RFP à ses recommandations. Pour autant, l’organisation sous-régionale ne baisse pas les bras et promet de poursuivre les pourparlers

La mission de médiation de la Cedeao, conduite par l’ancien président nigérian Goodluck Jonathan, a rendu public hier son rapport après avoir entendu tous les acteurs de la crise sociopolitique qui secoue notre pays. À l’exception du M5-RFP, toutes les délégations rencontrées ont accepté les mesures de sortie de crise proposées par l’équipe de médiateurs de l’organisation sous-régionale.
Au cours de cette mission aux pas de charge, les émissaires de l’organisation régionale se sont entretenus successivement avec le président de la République, Ibrahim Boubacar Keïta, le Premier ministre, Dr Boubou Cissé, le ministre sortant de l’Administration territorial et de la Décentralisation, Boubacar Alpha Bah, l’imam Mahmoud Dicko, les membres du comité stratégique du M5-RFP, les leaders de la majorité présidentielle et divers représentants de la société.

La mission conduite par Goodluck Jonathan a, en outre, rencontré le Haut représentant de  l’Union africaine, Pierre Buyoya, le représentant spécial du secrétaire général des Nations unies, Mahamat Saleh Annadif, les ambassadeurs de l’Union européenne, des États-Unis, de France, de Russie et de Chine dans notre pays.

Les médiateurs de la Cedeao lors du point de presse

En plus de ces personnalités, la mission s’est entretenue avec les membres du Cadre d’action, de médiation et de veille des confessions religieuses et des organisations de la société civile, le Conseil national de la société civile, celui de la jeunesse, le Réseau des femmes parlementaires, la Plateforme des femmes leaders du Mali et la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA).

Au cours de ces pourparlers, la mission a entendu les leaders du M5-RFP quatre fois et fait un certain nombre de propositions pour sortir le Mali de la situation qu’il traverse. D’abord, la mission a condamné avec fermeté toutes les violences et invite toutes les parties à la retenue. Elle recommande aux autorités de finaliser toutes les enquêtes sur les décès survenus lors des manifestations des 10, 11 et 12 juillet 2020. Et précise que ces enquêtes doivent s’étendre également à toutes les violences et les destructions de biens tels que l’Assemblée nationale, l’ORTM, le Haut conseil des collectivités territoriales ainsi que les biens privés, afin de situer les responsabilités en vue des sanctions appropriées.

À l’issue des différentes consultations avec toutes les parties prenantes, la mission a noté que les problèmes de la crise sociopolitique dans notre pays s’articulent autour des questions de gouvernance ainsi que des points déjà soulevés par une précédente mission de la Cedeao, du 18 au 20 juin dernier. Il s’agit de la reconstitution de la Cour constitutionnelle après l’abrogation du décret de nomination de ses membres, la résolution du litige concernant les 31 sièges contestés au Parlement, la formation d’un gouvernement d’union nationale. À ces points se sont ajoutées les préoccupations liées aux évènements tragiques des 10,11 et 12 juillet dernier.

RECOMMANDATIONS FORTES– La Cedeao a donc proposé pour la reconstitution de la Cour constitutionnelle en attendant le règlement des différends sur les législatives, que le président de la République et le Conseil supérieur de la magistrature nomment chacun trois membres. Ces six membres de la Cour satisferont à l’exigence du quorum et la Cour ainsi reconstituée devra délibérer et réexaminer les résultats des élections législatives concernant les 31 sièges de députés en question. Après la résolution de ce litige, l’Assemblée nationale sur une base consensuelle, va nommer ses trois membres pour compléter la composition de la Cour.

La mission juge aussi qu’il est nécessaire de mettre en place, de toute urgence, un gouvernement d’union nationale, sur la base du consensus en tenant compte des recommandations du Dialogue national inclusif. Des propositions de répartition ont été faites à cet effet. Il s’agit de 50% des membres du gouvernement qui proviendront de la coalition au pouvoir, 30% de l’opposition et 20% de la société civile.
Après sa formation, le nouveau gouvernement devra accorder une priorité à l’amélioration de la gouvernance, aux reformes prévues dans les conclusions du Dialogue national inclusif et à l’accélération de la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation.

La Cedeao recommande que la mise en œuvre de ces mesures soit effective au plus tard, le 31 juillet prochain. La mission se félicite de l’adhésion de toutes les délégations rencontrées aux mesures proposées à l’exception du comité stratégique du M5-RFP.

La mission n’a pas manqué de rappeler l’importance et la nécessité du respect des institutions de la République notamment les voies constitutionnelles pour l’accession au pouvoir, conformément au protocole sur la démocratie et la bonne gouvernance de la Cedeao.
Selon Goodluck Jonathan, cette déclaration n’est pas réservée au Mali, mais s’adresse à tous les pays qui composent la Cedeao. Le chef de la mission précisera que, conformément à ce protocole, personne ne peut se permettre de diriger un pays de la communauté ouest-africaine sans avoir été démocratiquement élu. Aussi, pour quitter le pouvoir, cela se fait de manière démocratique. «Aucune forme de changement non constitutionnel d’accession au pouvoir ne sera acceptée par la Cedeao», prévient la mission dans son rapport.

Goodluck Jonathan a en outre indiqué que toutes les mesures proposées par la mission sont largement soutenues par la Cedeao qui va mettre en place un comité technique pour assurer le suivi de ces recommandations. Après quelques rencontres avec les médiateurs de la Cedeao, le M5-RFP, dans un communiqué, s’est démarqué des propositions de solutions de la Mission qui «ne correspondent absolument pas aux aspirations et attentes exprimées par le M5-RFP et portées par l’écrasante majorité du peuple malien».

Malgré le rejet de ses recommandations par les contestataires, l’organisation sous-régionale entend se donner les moyens de les faire respecter. «La Cedeao mettra tout en œuvre pour la réalisation effective des mesures proposées et demeurera saisie de la question», annonce la mission qui ajoute qu’un rapport sera soumis à un prochain sommet de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de l’organisation sous-régionale.

Dieudonné DIAMA

Laisser une réponse