Mesures contre le coronavirus : Dur, dur pour les acteurs culturels

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Ils se sont retrouvés pour parler de leurs difficultés

Une trentaine d’événements qui étaient prévus à travers le pays sont annulés pour cause de pandémie du Covid-19

Les mesures prises par le gouvernement contre la pandémie du Covid-19 ont contrarié les artistes et autres opérateurs culturels. Parmi les mesures annoncées, figurent l’interdiction des événements culturels et toute activité populaire à caractère festif comme les concerts, les festivals, les émissions grand public pour les chaines de télévision. Les artistes se plaignent du fait que plus d’une trentaine d’événements étaient programmés comme le Festival international «Les Nuits du Wassulu», mais qui ont été annulés à cause de cette situation. Abdoul Berthé, le promoteur du festival international «Les Nuits du Wassulu» a du mal à encaisser le coup. «Nous avons été obligés de reverser l’argent que nous avions reçu des partenaires car notre festival est tout simplement annulé. Après cette période, c’est la campagne pré-hivernage qui se prépare, ce qui nous oblige à annuler l’activité car elle est organisée dans une zone agricole», explique-t-il, ajoutant que sa structure a mis environ 16 millions de Fcfa dans la campagne de communication et autres activités préparatoires. Le directeur du Festival de Sélingué (un des plus grands festivals au Mali), se trouve dans la même situation. Salif Telly estime que les pertes sont énormes pour sa boîte. «Nous avons travaillé pendant toute une année pour mettre en place notre activité. C’est un coup dur aussi bien pour les organisateurs que pour les artistes. C’est difficile pour le moment d’évaluer les pertes car plusieurs millions sont déjà investis pour l’organisation», dit-il. Après l’annulation de l’activité, la direction du Festival de Sélingué doit faire face maintenant au problème de gestion des contrats avec les prestataires.
Parmi les événements culturels frappés par la mesure, on peut citer aussi le Festival « Holà Bamako », le Festival « Ecrans d’Afrique », le concert géant de Salif Keita, le Festival « Vivre ensemble à Tombouctou », le Festival « Hippo ». Sans compter les programmations nationales et internationales de Blonba. Pour Aly Castro, organisateur du Festival « Holà Bamako », plus de 4 millions de Fcfa ont été déjà dépensés dans les affiches et les préparatifs. L’Institut français du Mali a également annulé plusieurs activités programmées. On retrouve l’information sur le site officiel et la page Facebook de l’Institut. Parmi ces activités, on peut retenir le Festival international de Slam et humour, le Festival FISH, le concert d’Amadou Bagayoko et Mariam Doumbia. L’Institut français du Mali envisage de rembourser ceux qui avaient déjà payé leur réservation.

Dans le milieu des acteurs culturels, l’heure est donc à la déprime. Ils réclament au gouvernement des mesures d’accompagnement pour leur permettre d’éviter la faillite. La question était au centre d’une rencontre organisée, lundi dernier, par la Fédération nationale des artistes du Mali (Fedama). Le président, Alioune Ifra N’Diaye, pense qu’il faut créer un fonds d’urgence pour venir en aide aux acteurs culturels pris au piège du coronavirus. Selon lui, les artistes et les opérateurs culturels ont connu le même sort en 2013 avec l’état d’urgence. «Ils ont perdu énormément d’argent et des contrats qui ont été résiliés avec les partenaires potentiels », rappelle-t-il, ajoutant qu’après la diffusion de la lettre circulaire du ministère de la Culture par rapport au report et à la suspension des activités culturelles et artistiques, la Fedama a saisi les artistes pour évaluer les pertes et proposer au gouvernement un plan de remboursement pour permettre au monde de la culture de survivre à la pandémie du coronavirus. Hier, la Fedama a adressé une correspondance aux autorités pour demander de mettre en place un fonds d’urgence pour le remboursement des activités, dont le montant est estimé à environ 1,230 milliard de Fcfa. «Cette somme va permettre à la Fedama de rembourser les artistes et les organisateurs des événements culturels», annonce Alioune Ifra N’Diaye. Lundi dernier, aux environs de 20h, notre équipe de reportage a fait le tour de certaines structures qui accueillent les événements culturels. Au Palais de la culture Amadou Hampâté Ba, c’était le calme plat. Le directeur Abdoulaye Diombana estime que le gouvernement a bien fait de prendre des mesures préventives contre le coronavirus. «Depuis l’annonce de la décision, nous avons annulé ou suspendu plusieurs de nos activités, notamment les prestations de l’Ensemble instrumental national qui avait trois programmations pendant ce mois de mars. C’est une perte énorme en termes de budget, mais une avancée importante dans la prévention contre le Covid-19», soutient-il. Mme Coulibaly Fadima, directrice de la Pyramide du souvenir, confirme que toutes les activités programmées au niveau de sa structure ont également été annulées suite à la lettre circulaire du ministère de la Culture.
Il faut noter que malgré l’interdiction, certains opérateurs ont maintenu leurs activités. C’est le cas du Festival international Didadi de Bougouni. Pour les organisateurs, il était trop tard pour faire machine arrière. Ils disent avoir, tout de même, respecté les consignes données par les services sanitaires.
Amadou SOW

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