Michel Sangaré : UN VISAGE QU’ON NE VERRA PLUS SUR SCÈNE

0
569

Notre pays vient de perdre un grand comédien en la personne de Michel Sangaré. Celui qui a rendu son dernier souffle, lundi soir à l’hôpital Gabriel Touré, était diabétique connu depuis longtemps. Il avait même été évacué à deux reprises sur la Tunisie pour recevoir des soins. Sans risque d’être démenti, on peut affirmer qu’il était une icône de l’art dramatique moderne dans notre pays. Il a évolué presque dans toutes les grandes œuvres d’auteur depuis 1978 où il remporta le prix du meilleur acteur dans la pièce intitulée : «Graine de chef» de Samba Niaré.
«Ce talent hors pair se met avec une facilité déconcertante dans la peau de tous les personnages qu’on lui confie», témoignent comédiens et metteurs qui l’ont pratiqué. Selon Alpha Atikou Maïga, il a toujours eu des rôles principaux. Il s’est brillamment illustré dans la pièce Féréké Gnamibougou où il incarne «So ni Fana», c’est à dire le majordome du député. Dans la pièce de théâtre «Wari» ou argent, il fait rire à mourir dans le rôle de «Maïga», étalagiste, gardien du jardin d’enfants et proxénète. Ces deux pièces ont été produites respectivement en 1989 et 1987.
Pour bien intégrer ce genre de personnage, le comédien prend le temps de les observer car tout n’est pas écrit, ça c’est une caractéristique principale du Kotèba où l’acteur doit aussi beaucoup donner de lui-même. Pour Alpha A Maïga : «la pratique du théâtre chez Michel Sangaré est belle comme un jardin botanique». C’est au sein de la formation nationale qu’il rencontre celui qui deviendra son alter ego, Habib Dembélé dit «Guimba national» et le célèbre metteur en scène Ousmane Sow. De grandes pièces de théâtre comme «Angoisse paysanne » (1982) avec le metteur en scène Moussa Maïga, «Nègre d’avez-vous fait» de Alkaly Kaba en 1984, ou «Louansé» en 1996 ont permis à Michel de s’illustrer dans cet art.
En 1990, en compagnie de Ousmane Sow et de Habib Dembélé, il fait valoir ses droits à la retraite par anticipation et quitte le Kotèba national. Les trois complices, convaincus que «le fonctionnariat tue l’art», tiennent à leur liberté d’expression. En 1993, ils commencent d’abord par créer la troupe «Tam spectacle» au sein d’une entreprise privée de la place. Mais du fait de certaines incompréhensions, ils rompent le contrat et le trio crée la troupe «Gwa kulu» avec laquelle ils jouent plus de 6 pièces de théâtre en 5 ans et font le tour du pays.
C’est à partir de 2001 que Michel commence à travailler avec la troupe BlonBa avec qui il jouera notamment dans «Bougougnéré invite à dîner» de Jean-Louis Sagot-Duvauroux. Michel Sangaré a également tourné dans plusieurs films dont «Tafé Fanga» d’Adama Drabo et «Guimba le tyran» de Cheick Oumar Sissoko. En 2009, il revient sur les planches avec «Sizwe Banzi» est mort, une mise en scène de Peter Brook. Puis la «Vérité de soldat», texte de Jean-Louis Sagot-Duvauroux, inspiré du récit de Soungalo Samaké.
En 2013,  il joue dans « Plus fort que mon père», un texte du même Jean-Louis Sagot-Duvauroux. Enfin en 2014, il s’illustre dans Kouta, une mise en scène de Hassane Kassi Kouyaté. Animateur de radio, Michel crée l’émission «Guinguin grin» de Radio Kayira en 1991.
Michel Sangaré naquit en octobre 1959 à Niono (Région de Ségou) où il commença à fréquenter l’école fondamentale avant d’achever son cycle dans la capitale. Elu meilleur comédien de la Biennale artistique et culturelle de 1978, il intégra de facto le Kotèba national et l’Institut national des arts (INA) en 1983 pour parfaire sa formation de comédien. Là, il croisera de futurs grands comédiens comme Moussa Fofana dit Herbin, Mamadou Sangaré et notre confrère Alpha Atikou Maïga, entre autres. Ensemble, ils créent la troupe nationale des marionnettes et théâtre pour enfants. Diplômé d’art dramatique en 1987, il donnera des cours de théâtre. Il y a juste deux semaines, Michel a été fait chevalier de l’Ordre national du Mali.
Youssouf DOUMBIA

Laisser une réponse