Mission de haut niveau de la Cedeao : Un sommet extraordinaire prévu lundi prochain

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Le président en exercice de l’organisation intergouvernementale ouest-africaine, Mahamadou Issoufou du Niger a annoncé que des décisions fortes seront prises à l’issue de la rencontre de la semaine prochaine

Au cours de la rencontre d’hier, les cinq dirigeants de la Communauté (Issoufou Mahamadou du Niger, Alassane Ouattara de la Côte d’Ivoire, Macky Sall du Sénégal, Muhammadu Buhari du Nigeria et Nana Akufo-Addo du Ghana) ont, tour à tour, rencontré les différents protagonistes pour un dénouement heureux de la crise à laquelle notre pays est confronté.
C’est l’avion du président ivoirien, Alassane Ouattara qui a atterri hier le premier à l’Aéroport international Président Modibo Keïta-Sénou. Il sera suivi du président du Sénégal, Macky Sall qui, à l’instar de son homologue ivoirien est arrivé, visage masqué pour la Covid-19. Ces deux chefs d’État ont été suivis par les présidents Muhammadu Buhari du Nigeria, Mahamadou Issoufou du Niger et Nana Akufo-Addo du Ghana.

Tous les cinq ont été accueillis à leur arrivée par le président de la République, Ibrahim Boubacar Keïta et le Premier ministre, Dr Boubou Cissé. À sa descente d’avion, le chef d’Etat sénégalais, Macky Sall, a confié à la presse l’urgence d’apporter une solution à la crise malienne. «Le Mali est un pays qui, par son histoire, sa géographie, nécessite que tous les pays de l’Afrique de l’Ouest soient à ses côtés en ce moment. Nous sommes venus en tant que chefs d’État de la Cedeao rencontrer le président Ibrahim Boubacar Keïta et toutes les autres parties concernées pour apporter la paix dans ce pays, pour faire en sorte que le Mali reprenne le travail pour sa stabilité et pour la stabilité de toute la Cedeao», a-t-il déclaré.

Même réaction de la part du président nigérien, Mahamadou Issoufou du Niger, président en exercice de la Cedeao. «La Cedeao est solidaire d’avec le peuple malien. Compte tenu de la situation, il est normal qu’on puisse venir encore une nouvelle fois à un niveau très élevé pour pouvoir trouver des solutions idoines qui puissent permettre au Mali de continuer son combat pour son développement économique et social, pour sa sécurité, et contre le terrorisme», a-t-il indiqué.

Pour sa part, le président de la République du Ghana, Nana Akufo-Addo, a estimé que la Cedeao était dans son rôle de venir au Mali pour éteindre le feu. La Cedeao, a-t-il insisté, existe pour protéger tous les peuples de la Communauté. «S’il y a des problèmes au Mali, il faut qu’on trouve ensemble les solutions dans un esprit de solidarité», a-t-il confié.

Après l’aéroport, les cinq chefs d’Etat se sont retrouvés à l’hôtel Sheraton pour une séance de débriefing avec le médiateur de la Cedeao, Goodluck Jonathan. Mais avant leur arrivée, une centaine de personnes s’était massée au bord de la route en face de l’hôtel du côté de Djicoroni-para. Sur les banderoles du premier groupe on pouvait lire « les femmes soutiennent les institutions de la République», «bienvenue à nos hôtes de la Cedeao» et chez le second groupe les banderoles affichaient : «libérez l’honorable Soumaïla Cissé, bientôt c’est quand ?». Les manifestants ont été dispersés par les forces de l’ordre sans utilisation de force avant l’arrivée des délégations.

De l’hôtel Sheraton, la délégation de haut niveau a pris la route du Palais de Koulouba où le président de la République Ibrahim Boubacar Keïta les attendait pour un échange suivi d’ un déjeuner.

De gauche à droite : Muhammadu Buhari, Mahamadou Issoufou, Nana Akufo-Addo, Macky Sall

COMPROMIS- A l’issue du déjeuner, le président en exercice de la Cedeao a, au nom de la délégation, remercié le président Keïta et le peuple malien pour l’excellent accueil qui leur a été réservé. Mahamadou Issoufou a expliqué qu’ils se sont entretenus avec le président Ibrahim Boubacar Keïta sur la situation politique que connaît notre pays aujourd’hui. «Nous allons ensuite rencontrer les autres acteurs de la scène politique malienne. Et après nous allons tirer un certain nombre de conclusions et de recommandations… Il y a espoir qu’il y aura un compromis parce que j’ai coutume de dire que nos peuples n’ont qu’un seul ennemi, c’est la pauvreté et le terrorisme qui posent aujourd’hui un vrai problème de sécurité à l’ensemble de la région», a-t-il déclaré.

Le président nigérien s’est dit convaincu que tous les acteurs sont conscients de cela et que c’est le combat contre la pauvreté et le terrorisme qui en vaut la peine. Et par conséquent, chacun doit privilégier l’unité, la cohésion pour faire face à cet ennemi commun. «Je pense que tous les acteurs sont animés de la volonté de contribuer à résoudre le problème qui se pose au Mali en, particulier et de manière générale, à l’ensemble de la région de la Cedeao», a indiqué Mahamadou Issoufou.

Après Koulouba, les hôtes de marque de notre pays sont revenus à l’hôtel Sheraton pour rencontrer les différents acteurs de la crise (majorité présidentielle, opposition et société civile). Ils se sont, d’abord, entretenus avec les leaders des partis et regroupements politiques de la mouvance présidentielle. A la fin de la rencontre, Tièman Hubert Coulibaly, président de l’Action républicaine pour le progrès (ARP) a remercié le comité des chefs d’Etat pour s’être déplacé au Mali en si grand nombre. Selon lui, cela prouve l’intérêt qu’ils portent à la situation malienne. Et cela prouve aussi que notre pays est important dans le dispositif sous-régional.

Pour Tièman Hubert Coulibaly, les chefs d’Etat leur ont demandé essentiellement de continuer leur soutien aux recommandations de la Cedeao, de faire en sorte que celles-ci puissent être mises en œuvre notamment celles qui concernent l’Assemblée nationale et le gouvernement d’union nationale. «La Cedeao a fait des propositions crédibles. Il conviendra que les acteurs politiques maliens fassent leur part d’effort parce qu’aucune crise de cette ampleur ne peut être résolue sans un certain nombre de sacrifices», a-t-il dit.

La mission des chefs d’Etat de la Cedeao s’est, ensuite, entretenue avec les responsables du Mouvement du 5 juin-Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP), conduits par leur autorité morale, l’iman Mahmoud Dicko.

«Les présidents de la Cedeao sont venus nous écouter mais pas pour nous imposer quoique ce soit. Nous leur avons exposé nos doléances. Nous leur avons expliqué que les élections ont trouvé qu’il y avait un problème de gouvernance dans le pays. Donc, ce n’est pas une crise post-électorale mais plutôt un problème de gouvernance, de corruption, de mauvaise gestion du denier public qu’il y a dans ce pays », a souligné Mohamed Ali Bathily. Choguel Kokalla Maïga est revenu sur les récriminations devant la presse, ajoutant qu’ils vont attendre les concluions de la mission.

À la fin des différentes rencontres, le président en exercice de la Cedeao a fait une déclaration dans laquelle il a salué le président Ibrahim Boubacar Kéita et le peuple malien pour l’accueil à eux réservés.

Il a indiqué qu’il sont venus pour marquer la solidarité de la Cedeao avec le Mali qui traverse plusieurs crises : sanitaire, sécuritaire, politique. À cet effet, a-t-il noté, les chefs d’État ont eu des « rencontres très riches» avec le président de la République, la majorité présidentielle, l’imam Mahmoud Dicko, les leaders du M5-RFP et la société civile. Notre objectif, a-t-il poursuivi, est de contribuer à la mise en place d’une « solution de sortie de crise rapide».
Mahamadou Issoufou a dit avoir noté chez tous les interlocuteurs le souci de sauver le Mali, de sortir de cette crise politique dont le pays n’a pas besoin. «Nous nous réjouissons de cela et nous avons l’intention de faire un compte rendu détaillé de notre mission au prochain sommet extraordinaire qui va se tenir par visioconférence le lundi 27 juillet prochain.

À l’issue de ce sommet, de décisions fortes vont être prises par la Cedeao pour apporter une contribution à la mise en place d’une solution de sortir de crise au Mali», a-t-il annoncé. Les Maliens et l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest attendent donc impatiemment cette rencontre des chefs d’État en espérant qu’une solution acceptable par tous les protagonistes puisse être trouvée.

Dieudonné DIAMA
Issa DEMBÉLÉ

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