8 mars 2020, Mme Sangaré Kadiatou Traoré : Une cordonnière bien chaussée

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Avec une dextérité et un savoir-faire hors du commun, elle fabrique des chaussures de très bonne qualité avec des matériaux de récupération

Les femmes ne sont pas légion dans les petits métiers. Celles qui s’y lancent font montre d’un génie créateur qui force l’admiration. à Sikasso, c’est le cas de Mme Sangaré Kadiatou Traoré. Les autres cordonniers ne tarissent pas d’éloges à son endroit. Cette manufacturière s’est imposée dans la fabrication des chaussures modernes de qualité, pour les hommes et les dames depuis 2008.  Elle a créé l’atelier ECOB Sikasso (Entreprise de cordonnerie Bougouba).

Durant la journée, cet office de transformation du cuir est très animé. Il est dans le quartier Hamdallaye de la capitale du Kénédougou. Faites un tour dans son atelier et vous constaterez que Mme Sangaré Kadiatou Traoré n’a pas usurpé sa réputation de battante. Elle partage son expérience et son savoir-faire avec des apprenties dont elle supervise le travail. Les apprenantes suivent à la lettre ses instructions en se servant des marteaux, des pinces et des pointes.

Mme Sangaré a appris ce métier auprès du Ghanéen Georges Atta, qu’elle a rencontré à Sikasso. Cet artisan très doué lui a appris à fabriquer les chaussures pour dames. Elle décida, par la suite, de se rendre au Ghana pour apprendre à confectionner les chaussures pour hommes et se perfectionner.

L’artisane Kadiatou utilise des matériaux de récupération en plastique, du cuir, de vieilles chambres-à-air. Elle fabrique de très belles chaussures suivant le goût de la clientèle. Certains acheteurs croient, avant d’être informés, que les chaussures qu’ils tiennent en main sont importées d’Europe. Kadiatou arrive à fabriquer des chaussures de qualité parce qu’en plus de son savoir-faire, elle a acquis des équipements adéquats.

La quarantaine, Kadiatou est très engagée dans la lutte pour l’émancipation des femmes dans la Région de Sikasso. Elle ambitionne de contribuer à réduire le chômage de la gente féminine. La solidarité active de la généreuse chef d’atelier a porté fruit. Elle a formé plus d’une quinzaine de femmes dont plusieurs ont ouvert des ateliers de cordonnerie à Koutiala et Sikasso. Militante infatigable pour l’autonomisation féminine, le mérite de Kadiatou a été reconnu par ses sœurs. Elle est aujourd’hui la présidente du Comité des femmes utilisatrices des services du quartier Hamdallaye (CFU). Ce comité coordonne les activités  des autres associations dans le quartier.

Mme Sangaré est confrontée à des difficultés qu’elle cherche à surmonter. Elle a bénéficié de l’appui du chef de quartier pour acquérir le site sur lequel elle a construit son atelier. Mais les autorités communales ne lui ont donné qu’une autorisation provisoire pour son implantation. Par ailleurs, l’exportation de la peau la prive de sa matière première. Paradoxalement, Kadiatou est obligée de s’approvisionner en peau traitée au Ghana. Elle souhaite que notre pays diminue la quantité de peaux à exporter, tout en favorisant la création d’unités locales de tannage des peaux et cuirs.

La production journalière de l’atelier de Kadiatou tourne autour de 20 paires de chaussures si le stock de matière première est suffisan. Les chaussures pour hommes sont vendues à 7 500 Fcfa et celles des dames à 1 250 Fcfa, selon notre promotrice. Pour écouler sa production, elle avait ouvert des points de vente dans plusieurs marchés de la capitale du Kénédougou et ses environs. L’affluence de la clientèle dans ces officines a motivé les commerçants grossistes de la place à venir se ravitailler dans son atelier.  La cordonnerie est une activité rentable. Mme Sangaré Kadiatou Traoré  a fait des émules. Plusieurs femmes de Sikasso ont ouvert des ateliers. L’exemple de Maïmouna Kanté est remarquable. Cette ancienne apprentie de Mme Sangaré Kadiatou Traoré dirige aujourd’hui un atelier qui accueille plusieurs jeunes filles.

Le souhait ardent de Mme Kadiatou est de bénéficier d’un stage pour renforcer ses connaissances dans la fabrication des chaussures. Elle a commencé l’extension de son atelier. Les maçons sont à pied d’œuvre. La construction d’un bâtiment devant abriter des équipements neufs qu’elle vient d’acquérir sera achevée bientôt.

Les chaussures fabriquées à Sikasso, sorties de l’atelier de Mme Sangaré Kadiatou Traoré, se vendent très bien sur les marchés du Kénédougou. Ces belles marchandises ne comportent pas malheureusement,  ni le logo de la promotrice ni la marque commerciale « made in Mali ».

Fousseyni DIABATE

Amap-Sikasso

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