Mosquées : La demeure des pieux

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Au sein des communautés musulmanes, les lieux de célébration des offices, quelles que soient leurs représentations matérielles, constituent un espace à la nature particulière pour le croyant. Attirant un nombre plus ou moins important de fidèles par rapport à leur localisation et suivant les moments préconisés pour les prières canoniques, les mosquées, ou «lieux de prosternation – masjid» ont été ainsi désignées d’après l’aire entourant la Kaaba, domaine sacré s’il en est. Selon les théologiens, le premier prototype qui en a été inspiré est la mosquée de Médine, édifiée par le Messager (PSL) à son arrivée dans cette cité, lorsqu’il fut obligé d’abandonner La Mecque.

Évoquant l’importance de ces lieux réservés, un théologien dira que l’une des caractéristiques de toutes les mosquées est que l’utilisation de l’espace transmette «une absence de tension entre le ciel et la terre». Dans son sermon hebdomadaire, l’un des compagnons du Messager aimait à faire ce rappel à sa communauté : «Ne soyez dans le monde ici-bas que des hôtes. Tenez les mosquées pour demeures, apprenez à vos cœurs la douceur et livrez-vous souvent à la méditation.

Ainsi, jamais les tourments des passions ne vous égareront». Remémorant les dires du Prophète selon lesquels «la terre entière est un lieu pour prier, exceptés les cimetières et les toilettes», il exhortait son auditoire à réserver à ces lieux de culte la place qui doit leur revenir dans la vie du fidèle. Pour l’imam, le croyant ne doit se retrouver que dans trois endroits pour ses diverses activités : «Dans une mosquée qu’il fréquente régulièrement, dans une maison qui l’abrite et à la recherche d’un bien qui ne comporte aucun caractère illicite».

La nature spécifique de cet espace sera également mise en exergue par l’un des proches du Messager qui, un jour, se trouvant là en invocations, fut rejoint par un domestique désireux de lui communiquer un message. Le sage se leva et suivit l’homme hors de la mosquée. Après l’office, ses familiers l’interrogèrent sur son acte. «Depuis tant d’années, je n’ai jamais parlé dans la mosquée des choses qui concernent ce bas monde, leur dit-il. Il me répugne de le commencer aujourd’hui». Il se conformait ainsi à une tradition remontant à l’époque du Sceau des prophètes, quand la mosquée était le centre d’enseignement des Révélations coraniques. Il en est dit dans le Livre sacré : « Les mosquées sont consacrées à Allah : n’invoquez donc personne avec Allah. » (72 :18)

En dehors des moments d’invocations, des «gens de science» recevaient là leur formation de missionnaires chargés de répandre la vraie parole dans tous les pays. Cette tradition se maintiendra pendant longtemps et certaines mosquées en ont acquis une réputation mondiale, prenant l’aspect de véritables universités. Un ouléma, prodiguant des recommandations à un riche négociant de ses connaissances dont il avait ouï-dire qu’il se laissait aller aux choses de la vie, son cœur s’endurcissant dans ses rapports avec ses semblables, lui tiendra ces propos : «O mon frère coreligionnaire, consacre-toi aux pratiques cultuelles avant que les épreuves ne te frappent, car à ce moment elles ne te seront d’aucun secours. Que la mosquée soit ta demeure, car j’ai entendu le Messager dire que «les mosquées sont les demeures des pieux à qui il est promis la tranquillité de l’âme et la sérénité.»

A. K. CISSÉ

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