Moutons de tabaski : L’INSÉCURITÉ PERTURBE LE MARCHÉ ET FAIT GRIMPER LES PRIX

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Les zones affectées par la crise sécuritaire sont des contrées d’élevage par excellence. En plus de la crise, les tracasseries aux postes de sécurité rendent difficile l’approvisionnement de la capitale

Un ballet incessant de bétaillères dans les marchés à bétail, des rues prises d’assaut par des vendeurs ambulants de moutons et quelques scènes de marchandages, c’est l’image qu’offre la capitale à deux semaines de la fête de Tabaski. Bamako représente en effet 35% des effectifs présentés sur le marché, selon le programme Economie des filières de l’Institut d’économie rurale (ECOFIL).
Dans les marchés de la capitale, l’ambiance est cependant timide et un mot revient très souvent lors de scènes de marchandages : l’insécurité. Selon les acteurs du commerce de bétail et certains spécialistes, elle a provoqué la hausse du prix du cheptel. Au grand marché à bétail de Sabalibougou en Commune V du district de Bamako, ça grouille de moutons, mais les clients, rares, trouvent les prix exorbitants. Comme cet homme pour lequel deux marchands de bétail s’affrontent au marché de Sabalibougou. « C’est vraiment incroyable, le prix. Je me suis obligé de prétexter que je venais juste m’informer sur le prix. La réalité est que le prix proposé est inabordable pour moi», confie-t-il. Plus loin, dans ce grand espace grouillant de moutons, sous un hangar de fortune des membres du Collectif des marchands à bétail de Sabalibougou, constatent la rareté des clients. Malgré les défis, ils soutiennent qu’il y aura cette année suffisamment de moutons pour satisfaire aux besoins des clients. C’est leur objectif qu’ils se sont fixés.
Les marchands expliquent la timide affluence des acheteurs par le fait que certains manquent d’endroit pour garder les moutons. La cherté de l’aliment bétail fait aussi que certains clients attendent jusqu’à une semaine ou trois jours de la fête pour acheter leurs moutons de sacrifice. Selon eux, le prix des moutons varie de 25.000 Fcfa à 250.000 Fcfa. Habib Denon, président dudit collectif affirme qu’en dépit des contraintes liées à l’insécurité dans le centre du pays, son objectif est que tout le monde puisse avoir un mouton à un prix abordable pour la fête de Tabaski. Sur les difficultés du marché, il ajoute que le transport des bêtes et l’insécurité au centre du pays ainsi que le vol de bétail compliquent considérablement la tâche aux marchands. Le vol constitue, selon lui, une préoccupation majeure. « Maintenant, il est difficile de trouver et d’acheter les animaux en brousse en toute sécurité. Les marchés à bétail ne sont plus à l’abri de vol sur le chemin de la capitale», déplore-t-il.

Les vendeurs attendent les clients qui n’affluent pas

PEU DE MOUTONS – Amadou Traoré est éleveur et vendeur de moutons au marché à bétail de Sabalibougou. Selon lui, à cause de l’insécurité dans le centre du pays, cette année il n’y aura pas assez de moutons sur les marchés. Les prix ne seront pas assez abordables par rapport à l’année précédente, car, explique-t-il, les marchands ne parviennent pas à trouver facilement les animaux moins chers dans les villages du nord et du centre. Même son de cloche à l’ECOFIL. « Il faut s’attendre à de telle situation, quand vous regardez la configuration du marché en termes d’offres, on constate que l’essentiel du cheptel ovin provient des régions du nord et du centre, remarque le Dr Bouréma Koné, agroéconomiste et chef du programme économie des filières de l’Institut d’économie rurale. « En termes de moutons, 20% proviennent de Gao, 18% de Mopti, 13% de Tombouctou, 12% de Kayes. Avec la situation sécuritaire qui prévaut, il va de soi que cela impacte négativement le prix », explique le spécialiste, selon lequel Bamako représente à elle seule 35% des effectifs présentés sur les marchés. Pour lui, la situation sécuritaire dans ces régions dissuade les transporteurs d’y aller. Ce qui a des conséquences sur le coût du transport qui a augmenté et par ricochet sur le coût des ovins, explique le spécialiste.
Youssouf Maïga, également marchand de bétail, explique que cette année il n’y a pas assez de moutons dans les localités, où les marchands de bétail achètent habituellement les moutons. Et d’ajouter que cinq marchands de bétail peuvent se bousculer pour l’achat d’un mouton, tant la rareté dans ces zones est criarde. Youssouf se rappelle encore les allées et venues incessantes des bétaillères des années normales. « Chaque année, plus de dix remorques (véhicules de transport) pouvaient décharger les moutons sur le marché de bétail de Sabalibougou, mais, cette année, tel n’est pas le cas. Ça ne dépasse pas cinq remorques pour le moment », remarque-t-il. Avant d’ajouter que les moutons vendus au marché à bétail de Sabalibougou proviennent majoritairement de la Région de Mopti, de Gossi, Hombori, Simbi, Boni, Douentzan, Konna. « Les moutons seront chers, parce qu’ils les trouvent dans la difficulté totale à savoir le prix, le transport et surtout la hausse du prix de l’aliment bétail », conclut-il.

FAUX FRAIS- Constat similaire au marché à bétail de Lafiabougou, près du pont Woyowayankô. Baran N’Daou, marchand de bétail du village de Toba (cercle de Nianfunké), regrette la suspension de plusieurs marchés importants dans le centre du pays. « Sans les marchés de Douentza, Boulikessi, Gossi, les ennuis sont inévitables. On ne peut plus aller dans ces endroits pour nos achats et revenir en toute sécurité. Mon frère a fait les frais. Il s’est fait agresser en partance pour ces marchés et a perdu 6 millions de Fcfa. Il est chanceux d’être toujours en vie après son infortune », explique-t-il. Avant d’inviter les clients à venir tôt. « Les clients feront mieux de venir tôt, car, plus la fête est proche, plus les clients affluent, y compris ceux des pays voisins et plus le mouton sera cher », prévient-il.
Ibrahim Traoré et Modibo Diarra sont des amis, adeptes du « premier venu, premier servi », chaque année, ils viennent tôt. Mais, ils n’ont pas l’impression que la stratégie fonctionne cette année au marché à bétail de Lafiabougou. « Nous ne pourrons pas acheter notre mouton aujourd’hui. Nous battons retraite, les prix sont fous, simplement », remarque le premier. « On va revenir après ! », ajoute le second.
Moussa Cissé, marchand ambulant de bétail, assure qu’il parvient à vendre au moins 4 à 5 moutons par jour. Il explique qu’il se réveille tôt le matin pour commencer à faire le tour des quartiers, Kalabancoura, Garantiguibougou, Kalabancoro et Sabalibougou pour revendre les moutons. Il ajoute que nombreux sont les clients qui négocient le prix pour ensuite dire que c’est trop cher. Il révèle qu’il achète aussi les moutons à un prix cher dans la région de Gao et il paye le transport qui va de 5000 Fcfa à 6000 Fcfa par tête de mouton sans compter la cherté de l’aliment bétail.
Selon, le Dr Bouréma Koné pour inverser la situation, la vente promotionnelle de moutons de l’Etat et de l’aliment bétail est une alternative. Mais, il faut faire attention aux faux frais, autrement dit ces taxes que paient les éleveurs qui ne vont pas dans les caisses de l’Etat. « Les faux frais engendrent la hausse du prix, car, le commerçant est obligé de les répercuter sur le prix de vente. Il y a trop de postes de contrôle au niveau desquels on ne devrait pas payer des taxes. Pourtant, les commerçants de bétail sont obligés de payer. Ce sont des pratiques qui impactent le prix du mouton », regrette-t-il.

Makan SISSOKO

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