Mutisme!

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Alors que l’on s’attendait, à partir du 1er juillet dernier, à troquer nos Francs CFA contre de nouveaux billets d’Eco, les populations de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) continuent de faire encore leurs transactions avec le franc de la Communauté financière africaine. Dont la fin avait pourtant été entérinée le 20 mai dernier par la France. Cela à la faveur d’une vaste campagne médiatique proportionnelle à celle ayant précédé la signature, le 21 décembre 2019 à Abidjan, de l’accord de réforme de la coopération monétaire existante entre la France et l’Union.

Depuis, autorités françaises et ouest-africaines sont dans un mutisme étonnant. Le décret annonçant la fin du Fcfa devrait d’abord être validé par les parlementaires hexagonaux, avant d’être promulgué. Devrait suivre, en principe, la ratification de l’accord par les états de l’Uemoa pour l’entrée en vigueur, le 1er juillet, de l’Eco Uemoa. Le même silence est constaté du côté de la Cedeao qui avait, elle aussi, maintenu ce mois de juillet pour la création de son Eco, la monnaie commune aux quinze états qui la composent.

Si ce mutisme semble laisser perplexes certaines populations des deux communautés, ils confortent les analyses de certains observateurs qui, dans la foulée des annonces, avaient émis des réserves quant à la possibilité de création de l’Eco en juillet 2020. Certains voyaient au projet d’Eco de l’Uemoa une stratégie malicieuse visant à contrarier l’agenda de la Cedeao qui prévoyait de mettre en circulation sa monnaie en 2020. Les divergences sont énormes entre les deux organisations ouest-africaines, arguaient-ils à l’époque.

En effet, en signant l’accord de coopération monétaire avec la France, l’Uemoa dont les huit pays sont aussi membres de la Cedeao, s’est emparée du nom Eco, déjà prévu par la Cedeao. Elle a opté pour le maintien de la parité fixe entre l’euro et le Franc cfa, le futur Eco. C’est-à-dire 1 euro = 655,96 francs CFA et sera = 655,96 Eco. Ce point qui constituait un facteur de blocage devrait évoluer lorsque la monnaie commune de la Communauté économique des états de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) verra le jour, selon le gouvernement français.

Toutefois, le Nigeria voit d’un très mauvais œil la présence de la France dans la gestion de l’Eco. Le pays de Muhamadu Buhari a précisé qu’il n’adhérera jamais à la monnaie commune tant qu’il y a un lien monétaire avec la France. Cette relation demeure à travers l’arrimage à l’euro (appelé à évoluer) et la garantie de l’Eco par l’état français. Les chefs d’Etat de la Cedeao veulent d’un régime flexible. L’Eco Uemoa a préféré un régime fixe. Autant de divergences à surmonter et qui pourraient expliquer le mutisme constaté. Le prochain sommet de la Conférence des chefs d’état et de gouvernement de l’Union, prévu courant ce mois de juillet, pourrait nous édifier. En attendant, motus et bouche cousue !

Cheick M. TRAORÉ

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