Négociation avec les terroristes : La France isolée ?

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Faut-il négocier ou non avec les terroristes ? La question refait surface avec la récente visite du ministre français des Affaires étrangères et de l’Europe, Jean-Yves Le Drian, dans notre pays. Paris et Bamako ne sont pas sur la même longueur d’ondes sur le sujet. L’ancienne puissance coloniale s’en tient exclusivement à la mise en œuvre de l’Accord pour ramener la paix. Les Maliens, las d’une crise interminable, veulent bien dialoguer avec certains chefs terroristes.

S’étalant au grand jour, cette divergence, qui n’était qu’un secret de polichinelle, a quelque peu froissé les enthousiasmes suscités par l’arrivée du chef de la diplomatie française. Nombre de Maliens ne s’expliquent pas la posture de l’ancienne puissance coloniale qui devrait pourtant se rendre à l’évidence : malgré les actions militaires, aucune amélioration substantielle de la situation ne semble se concrétiser du point de vue de la sécurité.

Un constat qui a d’ailleurs amené nombre d’analystes à préconiser un changement de cap via l’instauration d’un dialogue avec les groupes terroristes, tout particulièrement avec Iyad Ag Ghaly et Hamadoun Koufa.

L’instauration d’un tel dialogue permettra, au moins, d’assurer aux populations une baisse des actions terroristes et ouvrir la voie aux convois humanitaires à destination des zones où les hommes de ces deux chefs terroristes sont actifs. Nul doute que les populations dans la Région de Mopti sont aujourd’hui preneuses d’un cessez-le-feu, même précaire. Et dans les rangs des forces armées, on applaudirait pour moins que ça. Car le décompte des victimes est devenu lassant dans les états-majors.
Un tel dialogue avait été proposé, naguère, par les rédacteurs d’un rapport de l’International Crisis Group (ICG).

Ce rapport a eu un fort impact, tant dans le monde de la recherche qu’auprès des décideurs politiques. Pour le chercheur Ibrahim Yahaya, auteur principal de ce rapport rendu public le 28 mai dernier, négocier est une nécessité pour l’État malien. «Il n’y a pas d’autres alternatives crédibles et il devient urgent de sortir de l’impasse », soutient le chercheur.

Mieux, les appels à engager des négociations avec les groupes terroristes ont émané des milieux où on s’y attendait le moins. Dans une tribune parue dans le quotidien suisse  « Le Temps », le commissaire de l’Union africaine à la paix, Smaïl Chergui, soutient qu’il convient désormais « d’explorer la voie du dialogue avec les extrémistes » en faisant le parallèle avec l’Afghanistan.

Quelques jours plus tard, dans une interview au journal « Le Monde », le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a appuyé clairement cette approche. « Il y aura des groupes avec lesquels on pourra parler et qui auront intérêt à s’engager dans ce dialogue pour devenir des acteurs politiques dans le futur», analyse Antonio Guterres, citant aussi l’exemple afghan.

À l’échelle nationale, l’ancien président, Ibrahim Boubacar Keïta, avait publiquement reconnu « la nécessité d’explorer les voies d’une sortie de crise après huit années de guerre sans issue rapide en vue». Lui aussi avait cité les modèles algérien et afghan. Il sera conforté dans son analyse par les conclusions du Dialogue national inclusif lors duquel, les participants ont jugé utile d’engager des pourparlers avec les « terroristes maliens».

Il est important que la France souscrive à cette démarche. Paris aurait une voix beaucoup plus audible si les actions militaires avaient un tant soit peu réduit l’ampleur des activités des terroristes. Malgré l’action de Barkhane et des militaires des pays sahéliens, les groupes terroristes continuent d’étendre leur emprise sur le territoire malien. Un temps, l’ampleur des attaques et leur caractère meurtrier avait même provoqué une levée de bouclier contre la présence militaire française sur notre sol.

Ceux qui voulaient pousser les soldats français hors de nos frontières soutenaient que leur présence n’avait pas de sens du moment où elle ne nous évitait pas de subir les assauts meurtriers des terroristes. Si cette position semblait extrémiste, il est vrai que l’attitude des militaires français ne manquait pas de susciter des interrogations. Les soldats maliens isolés subissaient des assauts massifs des terroristes et les combats duraient des heures. Mais Barkhane ne volait pas au secours des soldats submergés par l’ennemi.

Aussi, Paris feint d’ignorer l’existence de passerelles entre certains groupes signataires et les groupes terroristes. Les experts indépendants des Nations unies ont même révélé récemment les identités de ceux qui pêchent en eau trouble. Confirmant ainsi les accusations portées par le président nigérien à l’encontre des maîtres de Kidal, d’où seraient « planifiées des attaques terroristes contre les forces nigériennes ».
On ne perd rien en essayant la voie du dialogue avec ceux qui veulent bien faire la paix.

I. D.

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