Nos expatriés : Mohamed Camara «Le Mali a simplement manqué de chance lors de la dernière CAN»

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Dans cette interview, l’ancien joueur de Yeleen Olympique, transféré en 2019 au Red Bull Salzbourg, revient
sur le doublé coupe-championnat réalisé par son club, se projette vers la campagne de la Ligue des champions d’Europe 2021 et parle de la sélection nationale dont il rêve de porter le maillot «le plus rapidement possible»

L’Essor : Quel est le sentiment qui vous anime après le doublé coupe-championnat réalisé par le RB Salzbourg ?
Mohamed Camara : C’est un sentiment de joie qui m’anime, honnêtement, je n’arrive pas encore à y croire, moi qui suis arrivé ici il y a seulement un an. Depuis que j’ai commencé à jouer au football, c’est mon premier doublé. Je remercie Dieu qui nous a donné ces deux trophées cette année. Je rends un vibrant hommage au club qui a tout mis à notre disposition pour que nous puissions réaliser ce doublé. Je n’oublie pas non plus les supporters qui nous ont soutenu du début jusqu’à la fin de la saison.

L’Essor : Est-ce que vous vous attendiez à ça après un an seulement après votre transfert au club ?
Mohamed Camara : En toute honnêteté, je ne suis pas surpris de la saison que nous avons réalisée. Je vais vous dire pourquoi : dès mon arrivé dans ce club, j’ai constaté que les dirigeants sont très ambitieux et font tout pour mettre les joueurs et le staff technique dans les meilleures conditions de travail. Ils sont prêts à tous les sacrifices lorsqu’il s’agit de l’équipe. Figurez-vous, nous avons déjà commencé à préparer la campagne européenne 2020-2021. Notre objectif est d’aller le plus loin possible sur l’échiquier européen l’année prochaine, c’est-à-dire faire autant, sinon mieux que nos devanciers de 1994 qui ont atteint la finale (défaite face à l’Inter Milan, ndlr). Le RB Salzbourg est l’équipe la plus titrée d’Autriche, avec quatorze titres de champion et six coupes d’Autriche. Aussi, c’est le seul club autrichien qui a réussi à faire quatre doublés Coupe-championnat consécutifs, entre 2014 et 2017. Tout ça pour vous dire que ce club a une histoire et que ses dirigeants font tout pour qu’il continue d’avancer.

L’Essor : Comment vous avez fêté cette consécration avec votre coéquipier et ami, Sékou Koïta ?
Mohamed Camara : Dès le coup de sifflet de la rencontre, mon coéquipier et ami Sékou Koïta, avons d’abord rendu grâce à Dieu et prier pour le repos éternel de notre prophète (Paix et Salut sur lui). Je me rappelle encore, tous les joueurs ont chanté et dansé sur la pelouse. Dans les gradins également, c’était la fête : les supporters scandaient le nom des joueurs, se congratulaient et brandissaient des banderoles à la gloire de l’équipe. Pour nous joueurs, la fête s’est poursuivie dans les vestiaires où nous avons été rejoints par les dirigeants. Eux aussi ont participé à la fête. Mon frère et ami Sékou Koïta et moi, étions très heureux de soulever ce premier trophée majeur de notre carrière en club. Notre joie était d’autant plus grande que le 29 mai, Salzbourg avait également remporté le trophée de la coupe d’Autriche. En un mois, nous avons soulevé deux trophées. C’est une belle saison pour nous et pour le club et j’espère que d’autres titres suivront. En tout cas, Sékou et moi, nourrissons de grandes ambitions pour le club et continuer de mériter la confiance de nos dirigeants.

L’Essor : Selon vous, qu’est-ce qui a fait la différence pour votre équipe ?
Mohamed Camara : Pour moi, c’est la solidarité, l’engagement sur le terrain et surtout, l’envie collective des joueurs de réaliser quelque chose ensemble qui ont permis à Salzbourg de faire le doublé coupe-championnat. A chaque match, l’équipe était animée de la même volonté : gagner. Ici, la motivation vient d’elle-même parce que toutes les conditions de travail sont réunies. Nous sommes bien traités et bien logés surtout les joueurs africains. Rien ne nous manque et je dois également signaler un détail important : l’entraîneur Jesse Marsch entretient de très bonnes relations avec les joueurs et fait montre de patience avec nous qui venons d’Afrique.

L’Essor : L’année prochaine, Salzbourg jouera la ligue des champions d’Europe. C’est un gros challenge pour l’équipe, mais surtout pour vous, compte tenu de votre âge (20 ans).
Mohamed Camara : Oui, effectivement c’est un gros challenge mais pour moi, c’est une source de motivation supplémentaire. Jouer la Ligue des champions est excitant, aucun joueur n’y est indifférent. Au contraire, ça pousse à travailler plus parce que c’est une compétition d’élite. Nous allons tout donner pour faire une bonne prestation et essayer d’aller le plus loin possible. Certes, nous aborderons la campagne avec le statut de petit poucet, mais à mon avis, Salzbourg a les moyens de jouer les trouble-fête. En tout cas, nous allons tout donner pour prouver que nous méritons de participer à cette compétition. Sékou et moi demandons les bénédictions de toutes les Maliennes et de tous les Maliens. Inch-Allah, ça ira.

L’Essor : Pensez-vous que votre équipe peut relever ce défi face à l’élite européenne ?
Mohamed Camara : Ce sera une grande expérience pour nous. Pour nombre d’entre nous, ce sera un apprentissage, une opportunité de grandir et d’en découdre avec les grandes équipes et leur pléiade de stars. Salzbourg n’a rien à perdre dans cette compétition et jouera ses chances à fond. Personnellement, je pense qu’il y a un coup à jouer et c’est à nous de saisir la chance qui nous sera offerte. Je suis optimiste.

Ancien sociétaire du Réal de Bamako, Mohamed Camara a remporté la CAN U17 et U20 avec le Mali

L’Essor : Racontez-nous comment vous êtes arrivés à Salzbourg et ce qui s’est passé à votre arrivée.
Mohamed Camara : Après la Coupe du monde U17 en 2017 aux Emirats arabes unis, j’ai été contacté par beaucoup de clubs, mais Dieu a fait que mon choix est tombé sur Salzbourg. à mon arrivée ici, tout s’est bien passé, on m’a présenté le contenu du contrat que j’ai lu avec mon agent. C’est après que j’ai paraphé le contrat et dans la foulée, j’ai été présenté aux autres joueurs et aux supporters qui étaient présents ce jour au stade. Je n’ai eu aucun problème d’intégration et jusque-là, tout se passe bien.

L’Essor : Parlons à présent des Aigles du Mali, que pensez-vous de leur prestation à la dernière CAN en Egypte ?
Mohamed Camara : Franchement les Aigles ont fait une bonne prestation en Égypte. Malheureusement, ils n’ont pas été récompensés. Pour moi, le Mali méritait d’aller au moins en demi-finale. Non seulement, il y a de bons joueurs dans l’équipe, mais celle-ci a également produit du beau football. J’ai regardé tous les matches des Aigles et entendu tout ce que les journalistes disaient de cette équipe. Je pense que le Mali a simplement manqué de chance, sinon on ne peut pas reprocher grand-chose à ce groupe. Je demande au sélectionneur national, Mohamed Magassouba de ne pas se décourager et de continuer à travailler avec le même groupe, je veux dire le noyau, dans la perspective des prochaines échéances. C’est une génération qui a de l’avenir et qui peut faire des merveilles, dès la prochaine CAN.

L’Essor : Quelle est votre ambition pour la sélection nationale ?
Mohamed Camara : Comme tout joueur, mon ambition est de jouer en équipe nationale dans les meilleurs délais. Je suis impatient de découvrir le maillot des Aigles, après avoir porté celui des sélections de catégorie d’âge. Mon ami Sékou Koïta lui, a déjà goûté à ce plaisir, comme beaucoup d’autres jeunes joueurs et j’attends avec impatience mon heure. Je sais que mon tour arrivera, mais je sais également que je dois me battre pour avoir une place dans l’équipe. Le Mali regorge actuellement de bons joueurs et les places sont chères en équipe nationale. Il faut être parmi les meilleurs pour prétendre à une place chez les Aigles et moi je suis prêt à le faire.

L’Essor : Actualité oblige, parlons de la Covid-19. Comment vous avez vécu le confinement ?
Mohamed Camara : Le confinement m’a trouvé au Mali. Suite au décès de ma mère, je suis venu à Bamako pour quelques jours et mon séjour a coïncidé avec la pandémie de la Covid-19. J’ai été bloqué au pays, comme beaucoup d’autres Maliens résidant en Europe et il a fallu que le club envoie un avion spécial pour me permettre de retourner en Autriche. Dès mon arrivée, on m’a dit que le port du masque est obligatoire (il l’est jusqu’à présent), tout comme le respect scrupuleux des mesures sanitaires. Au niveau du club, la prise de température se fait avant et après chaque rencontre ou séance d’entraînement, mais Dieu merci, jusque-là, Salzbourg n’a enregistré aucun cas positif.

L’Essor : Le pic n’est pas encore atteint, mais le plus dur semble passé. Comment voyez-vous l’après-coronavirus pour la planète foot ?
Mohamed Camara : Il y a beaucoup d’incertitudes. Certes les compétitions ont repris partout en Europe et les instances sportives (FIFA et UEFA) promettent de faire des gestes de solidarité aux clubs pour atténuer les conséquences de la crise sanitaire. Mais, à mon avis, l’après-coronavirus sera très difficile à gérer pour la planète football et on ne peut jurer de rien. En tant que joueur, je suis content de retrouver la pelouse et les compétitions, pour le moment, c’est l’essentiel.

Interview réalisée par
Djènèba BAGAYOKO

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