Nos expatriés : N’Tji Amadou Samaké, le défi de l’équipe nationale

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L’ancien attaquant du Réal et du Stade malien, transféré cette année à l’Olympique club Safi après un séjour au Kawkab Marrakech, se dit conscient que les places sont chères en sélection nationale, avec la présence de plusieurs jeunes joueurs qui évoluent pour la plupart dans les championnats européens. Mais, martèle-t-il, «je ferai tout pour intégrer le groupe et participer aux prochaines échéances qui attendent notre pays». Interview

L’Essor : L’année dernière vous étiez au Kawkab de Marrakech, vous avez marqué 10 buts en 24 matches. Pourquoi vous avez quitté cette équipe pour l’Olympique club Safi ?

N’Tji Amadou Samaké : Tous les footballeurs rêvent de jouer au haut niveau et aussi de pouvoir disputer d’autres championnats.  Effectivement, l’année dernière j’ai marqué 10 buts en 24 matches avec le Kawkab Marrakech. Logiquement, je devais continuer avec cette équipe, mais ce qu’il faut savoir, c’est que mes performances de l’année dernière n’ont pas laissé indifférent les clubs marocains. Ainsi, dès la fin du championnat, j’ai été contacté par plusieurs équipes, à travers mon agent. Parmi ces clubs, il y avait l’Olympique club Safi qui m’a fait une offre intéressante. Voilà pourquoi, j’ai changé d’équipes et je peux vous assurer que depuis mon arrivée ici, tout se passe bien. Mon intégration a été facile, le courant passe très bien avec mes coéquipiers, mais aussi avec l’entraîneur Abdelhadi Sektioui qui me fait confiance. Inutile donc de vous dire que je suis heureux ici.

L’Essor : Cette année, vos statistiques sont plutôt moyennes, puisque vous n’avez marqué qu’un but en 7 matches de championnat. Qu’est-ce qui ne va pas ?

N’Tji Amadou Samaké : Tout d’abord, je suis venu en retard au club. Ensuite, dès mon premier match, je me suis blessé au genou. J’ai passé plusieurs semaines à soigner cette blessure et à mon retour, j’avoue que j’étais un peu désorienté. Je ressentais un malaise, j’ai beaucoup souffert sur le plan mental. A chaque match, j’avais l’impression que quelqu’un m’empêchait de jouer. Ce n’était pas du tout facile, mais Dieu merci la situation a beaucoup évolué. Je demande à toutes les Maliennes et à tous les Maliens de faire des bénédictions.

L’Essor : Le championnat marocain est arrêté depuis mars pour cause de crise sanitaire. Quel est votre ressenti par rapport à la pandémie de la Covid-19 ?

N’Tji Amadou Samaké : La pandémie de coronavirus a tout changé dans le monde du sport en général et celui du football, en particulier. Ici comme ailleurs, l’épidémie a touché tous les secteurs. Depuis l’apparition du premier cas, l’Olympique Safi a jugé bon d’arrêter toutes les compétitions. Nous étions tous confinés à la maison et c’était très difficile de passer toute une journée à la maison sans rien faire. Maintenant, les choses reviennent petit-à-petit à la normale et je souhaite meilleure santé à tous les malades de la Covid-19.

L’Essor : Quelle était la situation de votre équipe au moment de l’interruption du championnat ?

N’Tji Amadou Samaké : Avant l’interruption du championnat l’Olympique Safi occupait la 13è place du classement, avec 21 points. Ce n’est pas un bon classement parce que nous nous battons pour le maintien en première division. Le championnat marocain est un championnat professionnel qui demande beaucoup de travail. Ici, il y a beaucoup de grands clubs comme le Wydad Casablanca, le Raja, le Fus Rabat, Berkhane, Mouloudia Oujda, pour ne citer que ces quelques formations. Le niveau du championnat est très élevé, mais nous allons tout faire pour rester dans l’élite.

L’Essor : Vous avez repris les entraînements parce que le championnat va bientôt redémarrer. Comment voyez-vous la suite des événements ?

N’Tji Amadou Samaké : Nous avons repris les entraînements la semaine dernière et le championnat va redémarrer très bientôt. Il reste 9 journées de compétition, mais l’Olympique Safi a deux matches en retard que nous devons négocier à tout prix pour améliorer notre situation. Nous avons fait beaucoup d’entraînements à la maison pendant la période du confinement et quand nous avons repris les séances collectives, l’entraîneur était très content de l’état physique des joueurs.

L’Essor : Avez-vous une idée de votre destination, après le Maroc ?

N’Tji Amadou Samaké : Après le Maroc, je souhaite partir en Europe. C’est mon objectif principal, même si je sais que cela ne sera pas facile. Je dois travailler plus et surtout améliorer mes performances pour espérer réaliser ce rêve.

L’Essor : Parlons de la sélection nationale. Vous avez été présélectionné pour le Championnat d’Afrique des nations (CHAN, Rwanda 2016), mais vous n’avez pas participé à la compétition pour raison de santé. Avec un peu de recul, quel est aujourd’hui votre ressentiment ?

N’Tji Amadou Samaké : Tout d’abord, je remercie Djibril Dramé qui était à la tête du Mali lors du Championnat d’Afrique des nations. Il m’a fait confiance et m’a présélectionné pour le tournoi, mais Dieu en a décidé autrement. Je suis resté au pays et pendant tout le tournoi, je faisais des bénédictions pour l’équipe qui a atteint la finale.  Malheureusement, elle a été battue par la RD Congo (3-0, ndlr) et privée du trophée du CHAN. Honnêtement, le fait de rater cette compétition m’a beaucoup aidé sur le plan mental. Il fallait être fort pour contenir la pression, j’allais dire la déception et j’ai réussi à le faire grâce notamment au soutien de mes proches. Ils m’ont conseillé de ne rien lâcher et je n’ai rien lâché.

L’Essor : Avant d’aller au Maroc, vous avez évolué au Réal et au Stade malien et disputé les éliminatoires de la Ligue des champions d’Afrique. Quels souvenirs retenez-vous des deux clubs et de votre participation à la campagne africaine ?

N’Tji Amadou Samaké : J’ai de très bons souvenirs du Stade malien et du Réal. Le Réal est mon club formateur. J’ai tout appris dans cette équipe, avant de partir au Stade malien qui m’a permis de grandir. Je remercie les dirigeants et les supporters des deux équipes qui m’ont permis d’être là où je suis aujourd’hui.

Parlant des campagnes africaines, je pense que notre génération pouvait offrir la Ligue des champions au Réal, tant le groupe regorgeait de joueurs talentueux. Entre autres, je peux citer Souleymane Diarra, Diadié Samassékou, Makan Samabaly, Ibourahima Sidibé, Moussa Koné…  On a disputé la phase de poules de la Coupe CAF, après notre élimination en Ligue des champions (par l’Espérance Tunis, ndlr) et là aussi, le résultat n’a pas été à la hauteur des attentes. Le même scénario s’est produit avec le Stade malien et jusque-là, aucun club malien n’a réussi à se qualifier à la phase de poules de la ligue des champions d’Afrique, à fortiori remporter le trophée. Pour moi, la seule explication, c’est le manque de moyens et d’organisation des clubs. Evidemment, il y a aussi les querelles internes qui minent les clubs, mais c’est surtout l’organisation qui fait défaut au football malien et qui nous empêche d’avoir des résultats dans les compétitions continentales. Chaque année, on assiste à la même chose, c’est-à-dire des éliminations contre des équipes qui sont à la portée de nos clubs.

L’Essor : L’élimination prématurée des Aigles à la dernière CAN reste encore en travers de la gorge de nombreux supporters, tant la sélection nationale a émerveillé les observateurs au premier tour. Selon vous, qu’est-ce qui a manqué à cette équipe ?

N’Tji Amadou Samaké : Je félicite le sélectionneur des Aigles, Mohamed Magassouba d’avoir mis en place une très belle équipe. Cette équipe avait tout pour remporter la coupe, mais a été éliminée à la surprise générale en huitièmes de finale. Pour moi, ce qui a manqué à cette équipe, c’est l’expérience. Il y a beaucoup de joueurs d’expérience en Côte d’Ivoire alors que la génération actuelle des Aigles est majoritairement composée de jeunes éléments. C’est une génération qui a de l’avenir, la Fédération malienne de football et la direction technique nationale doivent tout faire pour bien encadrer ce groupe et aider les joueurs qui le composent de grandir ensemble. Si cette génération est bien encadrée et si on se montre patient avec elle, je pense qu’elle va réussir là où ses devancières ont échoué.

L’Essor : Quelles sont vos ambitions pour la sélection nationale ?

N’Tji Amadou Samaké : Mon ambition est très simple, c’est intégrer la sélection nationale. Je travaille très dur pour être sélectionné et participer aux prochaines échéances des Aigles, à savoir les éliminatoires de la CAN et de la Coupe du monde 2022. Les places sont chères en équipe nationale, mais j’aime la concurrence et je suis prêt à tous les sacrifices pour porter le maillot des Aigles et défendre le drapeau national.

L’Essor : Changeons de sujet, depuis plus d’une décennie, Lionel Messi et Cristiano Ronaldo règnent en rois sur le football mondial. Selon vous lequel des deux joueurs est le meilleur ?

N’Tji Amadou Samaké : Ces deux joueurs sont extraordinaires, ce sont des extraterrestres, mais je préfère Lionel Messi. Il est tout simplement phénoménal et j’adore son style. Il est calme et c’est un bon leader. C’est un plaisir de voir ce joueur sur une pelouse, sa façon de marquer et de faire marquer ses coéquipiers. C’est un joueur phénoménal qui ne cesse de battre les records.

L’Essor : Qui est votre idole dans le monde du football et pourquoi ?

N’Tji Amadou Samaké : Mon idole dans le monde du football c’est Ronaldinho. J’ai aimé le football à travers lui. Il a tout donné à son pays, le Brésil et également à son club le Barça.

L’Essor : Avez-vous un mot pour le public sportif malien ?

N’Tji Amadou Samaké : Je remercie le public sportif malien pour son soutien. Je demande aux supporters de rester soudés derrière les clubs et les sélections nationales, de faire preuve de patience et d’avoir toujours présent à l’esprit qu’ils sont aussi des acteurs incontournables dans la bonne marche du football. Sans supporters, il n’y a pas de football. Il suffit de regarder les matches des grands championnats européens qui se disputent actuellement à huis clos pour s’en convaincre.

Interview réalisée par

 Djènèba BAGAYOKO

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