Points de course en direct : FOLLE AMBIANCE AU ROYAUME DES PARIEURS !

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Dans les PCD, il y a une vingtaine de courses par jour

Certains parieurs ont tiré profit des courses en direct, en faisant des réalisations significatives, d’autres turfistes acharnés courent toujours derrière la chance. Reportage

Au point de courses en direct (PCD) de Djicoroni-Para, on rencontre des personnes de toutes les couches sociales de la population malienne. Ce mercredi 5 février 2020, était un jour de course pour le Quinté+ dans les PCD du Pari mutuel urbain qui enregistrent une affluence inhabituelle. Déjà, à 12 heures 30 mn, le parking motos, à l’entrée des lieux, déborde d’engins. Ceux qui arrivent à la dernière minute prennent le soin de garer leurs motos sur l’autre côté de la route, vers le fleuve. À première vue, la cour du PCD détermine l’atmosphère de la salle. Des groupuscules se forment, ici et là, selon les affinités. Ils ne parlent que de numéros. Toutes les catégories socioprofessionnelles de la société sont représentées. Des militaires en tenue correcte, des mécaniciens en habits tachés d’huile noire, d’autres personnes en costume se faufilent par-ci, par-là. Tout porte à croire que certains ont déserté leur bureau pour venir tenter leur chance. Il n’y a pas que des désœuvrés qui fréquentent le site.
À 12 heures 55 mn, tout le monde afflue vers la salle de course. Elle est pleine à craquer. On y trouve des hommes (jeunes et vieux) et quelques femmes. Ici, c’est la limite du confort. Certains jeunes ne se gênent pas pour fumer. Les regards tendus sur les écrans plats fixés au mur, sur fond de bourdonnements. « Le 11 va lâcher ! Vas-y, le cheval numéro 2 ! Eeeh, le 3 recule ! », les parieurs supportent de la voix leur combinaison. Ils se lèvent des quatre bancs métalliques fixés au sol dans la salle. Ils se tiennent débout. Un vieux au fond de la salle, la soixantaine révolue, ne tient plus sur place. On dirait un jockey, ses gestes et mouvements sont accompagnés de cris d’encouragement. Tout d’un coup : « Ho, ça nous a massacré… ! » lâche-t-il, désappointé. C’est la fin de la course du Quinté+.
Parallèlement, des turfistes, de hauts cadres, suivaient la course dans une salle VIP, différente de celle réservée au grand public. L’atmosphère y est plus feutrée.
Les numéros gagnants s’affichent sur les écrans. Tout d’un coup, la salle se vide des parieurs. Sur les visages, on lit qu’il y a eu moins de gagnants. Des figures froissées, des yeux rouges, les perdants ne manquent pas de mots pour justifier leur malchance. À peine quelques minutes, plus tard, les rapports de la course du Quinté+ s’affichent sur les écrans et sont disponibles chez les guichetiers. Le gagnant dans l’ordre, touche gros : 18.370.400 Fcfa contre 79.500 Fcfa pour les gagnants dans le désordre. Le bonus a fait gagner 5.300 Fcfa. Ainsi de suite….

AFFLUENCE POUR LA CAGNOTTE – Selon le chef d’agence de Djicoroni-Para, Nana Touré, l’affluence de la course du mercredi 5 février 2020 est due à la mise en jeu d’une cagnotte. « La cagnotte dépend de la course précédente. S’il n’y a pas de gagnant dans l’ordre, le gain est remis pour la prochaine course. Il n’y a eu aucun gagnant dans l’ordre au Quinté + de lundi dernier, c’est pourquoi, on avait une cagnotte aujourd’hui. Ce sont des cas imprévisibles», nous explique-t-elle après la course.
Les courses en direct commencent à 8 heures du matin jusqu’à 18 heures du soir, sur différents hippodromes. Les courses en direct rapportent de l’argent rapide. « Et les mises vont de 500 Fcfa à des millions », révèle Mme Touré.
La paie se fait sur place, en moins d’une heure. Ce paiement spontané attire les turfistes qui sont présents à tout moment et, ce, tous les jours. « On effectue les paiements, quelques minutes après les rapports finaux de chaque course, du matin au soir. Nos clients sont des personnes des deux sexes (des majeures) et de différentes catégories des couches sociales. Certains parieurs passent toute la journée ici. Ils jouent jusqu’au soir… Nous, on aime ça », dit Mme Touré.
Les difficultés ont trait aux agissements de certains parieurs. « Des fois, certains joueurs attendent la dernière minute. Si le guichetier ou la guichetière fait une erreur, bonjour les grossièretés, les injures… sans même chercher à comprendre nos agents », se plaint le chef d’agence.

DES FORTUNES DIVERSES – Depuis leur lancement par le PMU-Mali, en 2007, les courses en direct au Mali ont fait des heureux parmi certains acharnés des salles de jeux. D’autres, au contraire, ont été ruinés. Aujourd’hui, on compte plus d’une vingtaine de PCD dans plusieurs quartiers de la capitale, Bamako.
Les parieurs notamment les malheureux des jeux, parlent mais dans l’anonymat. « J’ai commencé à jouer dans les points de courses en direct, il y a à peine 5 ans. Je suis de ceux dont la vie a été changée par les PCD. Grâce aux courses en direct, j’ai eu un « chez-moi ». Je me suis procuré une parcelle d’habitation avant de la construire en étages », se félicite Abdoulaye Coulibaly, policier de son état. Il affirme avoir remporté des millions de Fcfa à deux reprises. « Personne ne peut me déconseiller de miser aux courses en direct », ajoute notre policier au guichet, en train d’empocher son gain du jour, obtenu au désordre du Quinté+.
Dans la salle, les gros parieurs se prélassent, sous la climatisation, à l’abri des petits imprudents. En ces lieux, on a deux habitués célèbres. Un grand comédien très connu du public malien et un officier supérieur de l’Armée malienne. Tous deux se font de l’argent dans les courses en direct à telle enseigne qu’ils n’en font pas un problème, les jours sans gain. Ousmane Bah, nom d’emprunt du comédien, soutient avoir réalisé sa vie à travers les PCD. « J’ai construit ma maison dans ça », se vante-t-il. « Vous voyez, j’ai un trio, tous les jumelés et un désordre », nous dit-il, exhibant ses tickets gagnants. Si l’officier supérieur n’a pas voulu le dire, selon des indiscrétions, il aurait utilisé ses gains pour acheter un champ hors de Bamako et fait de l’élevage. Un migrant déclare ne plus envisager de retourner en France. Selon ses témoignages, il a gagné 200 millions dans la course en direct. « Yougo », à l’en croire, possède trois maisons, toutes en étages. Vers la sortie de la cour du PCD, nous rencontrons un militaire du rang. Il nous montre sa voiture allemande, tout en citant d’autres réalisations rien qu’avec ses gains. « J’ai gagné 16 millions, avant d’empocher 9 millions de Fcfa. Ce sont mes gros lots, sinon je gagne, aussi, des sommes qui n’atteignent pas le million », avoue le soldat.
Par contre, aux dires d’Amadou Sissoko, les courses en direct ont fait beaucoup de victimes. À l’en croire, il y a plus de perdants que de gagnants. Sissoko nous narre son calvaire. : « Quand je revenais de Koro, après avoir travaillé dans un projet, mon compte en banque était garni.
J’étais bien payé. Depuis que je suis revenu à Bamako et avec ma découverte des courses en direct, mon compte a été gelé, un moment, à cause des courses de chevaux. Jusque-là où nous sommes, je n’ai pas pu récupérer ce que j’ai investi dans les paris. Quand j’évalue, ce sont des millions de Fcfa ».
« Je peux miser, par jour, 50.000 Fcfa. S’il faut évaluer cette somme, dans le mois, c’est de l’argent. Je peux perdre 200.000 Fcfa certains jours », regrette le malchanceux, en nous tendant ses tickets non gagnants du jour d’une valeur de 30.000 Fcfa. « Malgré tout, je continue à jouer, avec l’espoir de gagner un jour des millions. Chacun joue dans l’espoir de gagner », conclut-il fataliste.

Oumar DIAKITé

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