Réponse humanitaire : L’EXIGENCE DE COORDINATION DES ACTIONS

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Le ministre de la Santé et des Affaires sociales entourés des représentantes de la Minusma et de l’UNFPA

La flambée de la violence a provoqué un déplacement massif des populations dans notre pays. Et celles qui sont restées sur place doivent faire face aux difficultés du quotidien. Pour venir en aide à ces personnes en détresse absolue, le gouvernement et ses partenaires sont appelés à coordonner leurs actions pour beaucoup plus d’efficacité sur le terrain

Les sensations de colère, d’indignation, voire de révolte contre l’horreur qui s’est récemment abattue sur le village de Sobane Da ne retombent pas. Ces sentiments sont largement partagés par les partenaires techniques et financiers (PTF) qui ont exprimé leur engagement à accompagner notre pays dans le processus de sortie de crise et dans la réponse humanitaire à apporter sur le terrain.
C’était à la faveur d’une réunion qu’ils ont tenue, le week-end dernier, avec le ministère de la Santé et des Affaires sociales sur la situation humanitaire globale, et particulièrement dans la région de Mopti.
La cérémonie était présidée par le ministre de la Santé et des Affaires sociales, Michel Hamala Sidibé, en présence de la coordinatrice du système des Nations unies au Mali, Mbaranga Gasarabwe et du chef de file des partenaires techniques et financiers de la santé, Josiane Yaguibou.
Les discussions avec les partenaires ont permis de recenser les difficultés et de s’accorder sur les actions urgences et concrètes à mettre en œuvre dans le cadre de la réponse humanitaire et de la restauration de la confiance entre le gouvernement et les populations victimes d’actes barbares et monstrueux. Il est ressorti des analyses et observations faites par les différentes parties, la nécessité d’embrigader les mécanismes de coordination du système des Nations unies qui déploie aussi de gros efforts sur le terrain avec ceux de l’Etat.
Pour le ministre de la Santé et des Affaires sociales, le visage de l’horreur constaté à Sobane Da n’est pas admissible. Et le président de la République qui a effectué une visite sur les lieux y a constaté aussi avec amertume un village décimé, des greniers brûlés, mais aussi des femmes et enfants pris pour des cibles.
«On a senti beaucoup de tristesse dans les regards, notamment des rescapés hospitalisés, mais on a aussi apprécié la résilience des médecins qui travaillaient à sauver des vies», a dit Michel H. Sidibé, avant d’inviter les partenaires techniques et financiers à faire corps autour des efforts du gouvernement, en s’inscrivant dans une dynamique de coordination élargie et de synergie d’actions sous le leadership de l’Etat. Le ministre de la Santé et des Affaires sociales reste optimiste au regard des actions entreprises. « La synergie entre les différents acteurs humanitaires donne espoir », a-t-il indiqué.
Par ailleurs, le ministre a souligné que le seul désir des populations, c’est de reprendre le chemin du retour dans leurs terres natales qu’elles ont fui du fait de la violence, de la barbarie et de l’horreur. «Nous sommes un gouvernement de mission et nous avons le devoir d’établir un lien de confiance avec les populations et de recréer la vie autour d’elles. On ne va pas y arriver sans une synergie d’actions, sans organiser ensemble les actions qui portent sur les populations et avoir une interaction sur l’action sociale », a-t-il dit.
Par ailleurs, Michel H. Sidibé a fait savoir que Mopti reste le verrou. Si elle tombe, les conséquences risqueraient d’être dramatiques. Il a expliqué aux PTF que c’est d’abord le problème du Mali et qu’ils sont là pour nous aider afin que la paix règne dans notre pays. Le ministre a aussi évoqué un autre phénomène qui est en train de se répandre dans notre pays.
En effet, les terroristes utilisent de plus en plus les jeunes à poser des mines ou à commettre d’autres actes criminels moyennant environ 200.000 Fcfa (selon les sources des partenaires) ou 75.000 Fcfa (selon les sources du département de la Santé). Cet état de fait interpelle la conscience collective et les pouvoirs publics pour une entreprise de consolidation de la fibre patriotique et sur quoi faire occuper les jeunes pour les mettre à l’abri de la tentation.
Pour Michel Hamala Sidibé, la situation requiert des interrogations légitimes, notamment comment mettre en place une coordination élargie sous la férule du gouvernement ? Comment adopter une stratégie pour atteindre toutes les populations en nécessité d’assistance humanitaire ? Comment restaurer la confiance entre les services et les populations et enfin comment organiser la coordination entre l’humanitaire et le développement ? A ce propos, le ministre a souligné l’urgence d’occuper les jeunes pour éviter qu’ils deviennent des poseurs de mines. Les PTF ont aussi admis la nécessité d’avoir un plan de réponses coordonnées et d’améliorer la gouvernance dans la coordination des actions. Le gouvernement de mission travaille à répondre à l’urgence et le même état d’esprit nous anime, a fait remarquer Mbaranga Gasarabwe. Pour la coordinatrice du système des Nations unies, la situation tourmente aussi les partenaires.
«Il y a plus de 130.000 personnes déplacées et cela nous interpelle à penser à ceux qui sont restés, mais, aussi aux déplacés qui veulent reprendre le chemin du retour dans les localités d’origine parce que le tissu social n’est pas complètement déchiré. Il faut s’inscrire dans une action globale, en tenant compte de la médiation, de la réconciliation, de la cohésion sociale, de la protection des droits et bien d’autres préoccupations», a déclaré la responsable onusienne.
En outre, la coordinatrice du système des Nations unies dira que pour sauver des vies, on doit utiliser tous les moyens, y compris les plus extrêmes, notamment civilo-militaires. Pour sa part, Josiane Yaguibou a condamné avec fermeté les évènements fâcheux qui se sont déroulés à Sobane Da et rappelé que les partenaires partagent le sentiment d’indignation et d’horreur.
«Il est important, au regard de la situation, d’apporter une réponse humanitaire, puisque l’accès aux services sociaux de base est devenu très limité. L’offre de service est de plus en plus fractionnée, il faut donc réfléchir à des approches innovantes pour répondre aux questions essentielles et aux urgences », a-t-elle soutenu.
Même si pour certains partenaires, il y a trop de trous dans la raquette, une convergence de vues s’est dégagée à la suite des discussions. Et le ministre Sidibé a insisté sur la coordination élargie et granulaire et sur la nécessité d’avoir des stratégies de prévention pour ne pas perdre notre humanité. Pour lui, sans une plus grande justice sociale et une juste répartition des opportunités de développement, il y a toujours problèmes. Enfin, Michel H. Sidibé a indiqué que l’impunité n’est pas acceptable.

Bréhima DOUMBIA

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