Réseaux sociaux : Les jeunes plus que jamais exposés

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Le « Grin » tend à perdre tout son sens. On y vient désormais pour échanger avec des amis virtuels

Ces outils sont devenus le terrain de chasse de certains prédateurs qui usent de toutes sortes de stratagèmes pour atteindre leur objectif

Il est 18 heures à «Médine», un quartier populaire de Ségou. Ici se réunissent Moussa et ses amis chaque jour. Ces jeunes et adolescents se retrouvent après l’école pour discuter et prendre du thé. Cependant, le spectacle que nous offre ce regroupement est étonnant. En effet, chacun est assis avec son téléphone en main affairé à discuter avec le «monde» sur la toile. Au lieu d’échanger sur leurs difficultés ou préoccupations, les uns et les autres se focalisent plutôt sur l’actualité que propose «Facebook». Et souvent que de futilité! Il faut admettre que les réseaux sociaux sont prisés par les jeunes et adolescents au Mali. Le virus n’épargne même pas leurs semblables qui sont dans les campagnes. L’utilisation de ces médias sociaux n’a pas que des avantages malheureusement. Ces jeunes et adolescents le savent-ils ? «Nous ne faisons rien d’anormal. On se fait de nouveaux amis un peu partout dans le monde. On fait des découvertes passionnantes. Bref, on s’amuse», explique Moussa dans un éclat de rire. La discussion du jour de ce «grin» portait sur les clashs entre des jeunes rappeurs maliens. Chacun supportait son artiste. Rien d’éducatif. Que de vulgarité! Soudain arrive l’oncle d’un des jeunes. Il s’arrête pour prendre du thé. Il aura réussi à attirer leur attention sur les dangers auxquels ils s’exposent avec les réseaux sociaux. «Ces nombreux jeunes ne savent pas qu’ils sont exposés à toutes sortes de dérives sur les réseaux sociaux », lance-t-il avant de prendre congé du groupe. Après le passage du tonton, commence un débat houleux et presqu’intéressant. Chacun des jeunes expose un mauvais exemple des réseaux sociaux qui font désormais partie de leur quotidien. Un outil qu’ils ne sont pas prêts d’abandonner. C’est vrai, les réseaux sociaux apportent beaucoup d’avantages, mais ils peuvent aussi se révéler très dangereux pour leurs utilisateurs. Les uns et les autres devraient savoir que tout ce qui est mis sur la toile y reste. Le jeune Moussa visiblement très excité explique la raison jusque-là inavouée qui l’a poussé à changer d’école. «Vous vous souvenez que j’ai fait une année sans partir à l’école et que j’ai dû changer d’école pour pouvoir poursuivre mes études ? Et bien la raison est que j’ai été piégé par un groupe d’amis qui m’ont dissuadé de m’adonner à des pratiques peu catholiques», raconte-t-il.
En effet, le groupe se propose de se masturber les uns et les autres tout en filmant la scène. «C’était une compétition. On voulait juste savoir qui était le meilleur d’entre nous. Sauf qu’un beau jour, un d’entre nous pour une histoire de fille à décider de balancer nos vidéos sur un groupe WatshApp de la classe. Le lendemain, j’étais la risée de toute l’école. Les uns et les autres se moquaient de moi. Heureusement, la direction a vite réagi en limitant les dégâts. Toutes les images ont été supprimées», dit Moussa. Son inquiétude était maintenant de savoir quelle conduite tenir si ces images venaient à refaire surface ? Malheureusement, il ne peut que prier pour que cela ne soit le cas.

REPÉRER LES CIBLES-Ce témoignage provoque un silence dans le groupe. Chacun vient de réaliser qu’il prend de gros risques sans le savoir. Cet autre jeune garçon qui était de la partie rompt le silence. Abdoul indique qu’il parle avec un ami blanc depuis 2 ans. Ce dernier lui a même promis de lui faire découvrir son pays d’origine. Le hic, c’est que son ami blanc l’a aussi mis en contact avec une fille qui veut tisser une relation intime avec lui.
À cette fille, notre jeune universitaire s’est attaché. Les deux échangent des photos et vidéos parfois osées. «Ce que je ne comprends pas du tout, c’est le fait qu’elle m’envoie souvent des vidéos pornographiques d’homosexuels. Maintenant que l’on parle des risques, je me demande si je parle avec un homme ou une femme», dit-il, avec un regard inquiet. Il n’est pas exclu effectivement qu’Abdoul parle avec un homme. En effet, les réseaux sociaux sont infestés de pédophiles, d’homosexuels. Bref, des prédateurs sexuels de tout acabit.
Pour la plupart de ces pervers, les réseaux sociaux sont leur terrain de chasse pour attirer et piéger leurs cibles. IIs emploient plusieurs stratégies et se donnent généralement les moyens pour atteindre leur objectif.
Autre cas, autre histoire. Ce n’est plus un secret que la prostitution et l’exploitation sexuelle sur Internet sont répandues. La stratégie des proxénètes est de repérer les cibles à travers les réseaux sociaux et surtout les rendre dépendants soit de l’alcool soit de la drogue pour ensuite leur faire, faire ce qu’ils veulent.
Notre dernier intervenant du nom d’Idrissa nous relate le cas d’une cousine dont malheureusement la vie à basculer. Très brillante à l’école, mais issue d’une famille moins aisée, la jeune fille a fait la connaissance d’un homme visiblement aisé sur Internet qui voulait la prendre comme épouse. «Elle a vite changer de look. Elle avait des habits et accessoires à la mode. Jusque-là, on ne soupçonnait rien d’autant plus qu’elle a un prétendant qui peut lui offrir ce mode de vie», martèle le jeune homme. L’alerte fut donnée le jour où elle est rentrée complètement ivre à la maison. Les parents ont décidé de prendre leurs responsabilités. Le futur époux fut appelé afin qu’il concrétise ses intentions.
La surprise fut grande. En effet, l’homme en question a laissé entendre que leur fille ne leur a pas dit toute la vérité. Il annonce que cette dernière travaille pour lui et il leur a même expliqué le genre de travail. «Les parents ont essayé d’agir, mais c’était trop tard. Leur fille avait déjà pris goût à la vie mondaine et à l’alcool. Pour mieux s’adonner à sa pratique malsaine, elle a quitté le domicile parental et elle a aussi abandonné l’école», explique Idrissa. Aujourd’hui, la jeune fille est complètement versée dans l’alcool et la prostitution. «Elle est méconnaissable et elle est toujours en mauvaise compagnie », témoigne notre interlocuteur.
Ces mauvais exemples montrent qu’il y a une nécessité d’éduquer les enfants et les jeunes à la cyber-sécurité et à une utilisation responsable des médias sociaux.
Les parents devraient constamment prodiguer des conseils à leurs progénitures qui ignorent les dangers qui les guettent sur les réseaux sociaux.
Tous ces jeunes que nous avons rencontrés ont un exemple à raconter sur les dérives des réseaux sociaux. Mais chacun pensait que le malheur n’arrivait qu’aux autres. À travers cet échange, les uns et les autres ont su qu’en réalité, personne n’est à l’abri à moins que l’on utilise intelligemment ces réseaux sociaux.

Mariam A. TRAORÉ
Amap-Ségou

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