Sarah Maldoror : Cinéaste panafricaniste pour l’éternité

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Sarah Maldoror ? beaucoup de nos lecteurs ignorent sans doute l’existence de cette grande figure du cinéma engagé qui s’est éteinte le 13 avril 2020 à Paris, des suites du coronavirus, à l’âge de 90 ans.
Cinéaste panafricaniste, elle a réalisé de nombreux films sur les luttes de libération en Afrique. Elle les faisait souvent dans le feu de l’action, sur le terrain, notamment en Algérie, en Guinée, en Angola et en Guinée-Bissau.

Née d’un père guadeloupéen, elle prend conscience de l’injuste domination de l’Afrique en rencontrant et écoutant des militants anticolonialistes. Elle décide alors de s’engager dans les luttes de libération en Afrique, un continent qu’elle a aimé passionnément, où elle a vécu le plus clair de sa vie active, engagée corps et âme pour sa réhabilitation.

Considérant que le cinéma est un outil idéal pour éveiller la conscience politique des masses et pour décoloniser la pensée, elle opte pour l’usage de ce moyen de communication au service de l’idéal africain de liberté. Par bonheur, elle obtient, en 1961, une bourse de l’Union soviétique pour faire des études de cinéma à Moscou au célèbre institut VGIK où elle rencontre un certain Ousmane Sembène.

Par la suite, Sarah Maldoror s’implique dans la lutte des mouvements de libération en Afrique aux côtés des combattants comme les leaders du Mouvement populaire pour la libération de l’Angola (MPLA), Mario de Andrade, son conjoint avec qui elle a fait deux enfants et Agostinho Neto, qui deviendra le premier président de la république populaire d’Angola, La Guadeloupéenne s’engage aussi dans le maquis en Guinée-Bissau aux côtés de Amilcar Cabral, fondateur du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC).

Elle dénonce la torture en Algérie par l’occupant français dans un premier film « Monagambé » réalisé en 1969. Cette œuvre lui rapporte plusieurs distinctions comme le Prix du meilleur réalisateur au Festival de Carthage, le Premier prix du festival de Tours, le Prix du meilleur réalisateur aux Journées cinématographiques de Carthage, le Premier prix du Festival du film britannique de Dinard.

Elle compte à son actif plus de quarante films, courts et longs-métrages, fiction et documentaires, parmi lesquels on peut citer «Des fusils pour Banta» (90 min – fiction), en1970 sur la Guinée-Bissau. «Sambizanga» (102 min – fiction) réalisé en 1972 sur le Congo Brazzaville, a été honoré du Prix de l’Office Catholique de Ouagadougou au FESPACO et du Tanit d’or des Journées cinématographiques de Carthage.

Aimé Césaire, ce grand poète de la négritude a dit d’elle: “à Sarah Maldoror qui, caméra au poing, combat l’oppression, l’aliénation et défie la connerie humaine.”

Frédéric Mitterrand, ministre français de la Culture, l’a élevée au rang de Chevalier de l’ordre national du Mérite, le 3 mars 2011 en affirmant que “Sarah Maldoror aura fortement contribué à combler le déficit d’images de femmes africaines devant et derrière la caméra.”

Sarah Maldoror a dédié sa vie à la lutte contre les intolérances et les stigmatisations de tous genres, en accordant une importance fondamentale à la solidarité entre les opprimés face à la répression politique.

Lors de sa dernière intervention publique au Musée Reina Sofia (Madrid, mai 2019) qui lui rendait hommage, elle répéta combien peut servir l’art comme acte de liberté pour construire un monde plus juste.

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