Second tour de la présidentielle : LE DUEL FINAL

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Les Maliens sont appelés aux urnes dimanche prochain pour départager les deux candidats qualifiés pour le second tour de l’élection présidentielle : Ibrahim Boubacar Keïta et Soumaïla Cissé. Le premier a obtenu 41,70% des voix au premier tour, le second 17,78%. L’un a battu campagne sur le thème de la «consolidation des acquis», et l’autre, sur celui de «l’alternance». Quelque 10.000 hommes de plus seront déployés pour sécuriser le nouveau scrutin.
Ci-dessous, nous vous proposons à nouveau les grandes lignes du projet de société des deux candidats
Le programme «Notre grand Mali avance» du candidat IBK : UN AMBITIEUX OUTIL DE CONSOLIDATION DES ACQUIS DU PREMIER MANDAT
Dénommé «Notre grand Mali avance», le programme 2018-2023 du président de la République Ibrahim Boubacar Keïta, candidat à sa succession, est contenu dans un document d’une soixantaine de pages. Ce programme est bâti sur cinq axes : Gouvernance, Réformes politiques et institutionnelles, Promotion d’une croissance économique inclusive, Développement du capital humain et Inclusion sociale, Environnement, Changement climatique et Développement durable ainsi que Diplomatie, Coopération et Partenariat.
Ainsi, dans l’axe 1 du projet de programme du candidat IBK, il est prévu d’accorder une priorité à la pérennisation de la Loi d’orientation et de programmation militaire (LOPM), de la Loi de programmation de la sécurité intérieure (LPSI) et à la mise en oeuvre effective de l’Accord pour la Paix et la Réconciliation au Mali issu du processus d’Alger. La prévention et la lutte contre le terrorisme, sous toutes ses formes, seront renforcées.
Cela s’accompagnera notamment par : le renforcement qualitatif et quantitatif des Forces de défense et de sécurité, l’optimisation des moyens opérationnels, l’édification d’une nouvelle armée traduisant la diversité du Mali. Sans oublier l’intensification des opérations au Centre et au Nord du Mali, la poursuite de l’acquisition du vecteur aérien, de l’armement, du matériel roulant tactique adapté et du matériel de protection etc. Le coût de ce sous axe 1 est estimé à 1.800 milliards de FCFA.
Dans le domaine politique, le processus de réformes institutionnelles entamé sera parachevé pour permettre la mise en place d’une Cour des comptes, conformément aux directives communautaires de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).
Dans le domaine de la gouvernance, ce projet entend, avec détermination, combattre la corruption et consolider l’état de droit, améliorer les conditions de travail du personnel de la justice, poursuivre l’opérationnalisation de l’érection des Cercles en Régions pour booster le développement régional et local.
Des efforts seront aussi déployés pour accélérer le transfert concomitant des compétences et des ressources afin de soutenir leur développement et, surtout, dans le suivi rigoureux des mesures législatives, institutionnelles, opérationnelles et judiciaires pour prévenir et, au besoin, sévir contre les actes terroristes. Une innovation majeure de cet axe porte sur l’instauration de primes liées à la performance pour récompenser les fonctionnaires méritants.
Le deuxième axe du document annonce que les cinq prochaines années seront mises à profit pour poursuivre la construction d’une économie émergente, à travers des réformes en vue de la transformation structurelle de l’économie. S’agissant de l’économie et des finances, un accent sera mis sur l’amélioration significative des recettes à l’horizon 2023, sur la formation, sur la micro finance etc.
Parmi les futures actions concernant l’agriculture, il est prévu l’aménagement de 70.000 hectares en maîtrise d’eau et l’installation de 20.000 agriculteurs sur des superficies de 3 et 5 hectares. D’autres importantes initiatives sont programmées pour ce secteur stratégique. De prometteuses actions sont également annoncées concernant plusieurs autres secteurs de développement : élevage et pêche ; industrie, commerce, artisanat, tourisme, culture…
En outre, le programme «Notre grand Mali avance» réserve une place privilégiée à la poursuite du désenclavement intérieur et extérieur. Il s’agit notamment de la réalisation, de l’achèvement ou de la réhabilitation de plusieurs infrastructures routières. De même que l’accélération de la mise en œuvre de la Stratégie spécifique de développement des régions du Nord (SDDRN), évaluée à près de 2.194 milliards de FCFA. La mobilisation des engagements des partenaires permettra de réaliser des infrastructures majeures au Nord et au Centre du Mali.
La communication, les télécommunications et TIC, l’énergie, les mines et ressources naturelles, l’habitat et le foncier seront pris en compte dans le projet présidentiel. Ainsi, il est prévu la construction et la mise à la disposition des populations très modestes de 20.000 logements sociaux et celle de 10.000 logements économiques pour des populations modestes.
Le troisième axe du programme du porte-étendard de l’Alliance «Ensemble pour le Mali» table sur la réalisation de soixante nouveaux Centres de santé communautaires (CSCOM) dans les zones à faible densité de population et bien d’autres actions. S’agissant de l’éducation, le programme prévoit la création des pôles universitaires régionaux à Kayes, Sikasso, Mopti et Tombouctou, l’amélioration de la qualité des enseignements et des apprentissages ainsi que l’amélioration de la gouvernance du système éducatif. Par ailleurs, un grand programme de développement du secteur privé et de création d’emplois sera initié et mis en œuvre au profit des jeunes et des femmes pour la période 2019-2023.
Le quatrième axe prévoit de nombreuses actions pertinentes concernant divers secteurs : eau, environnement et assainissement avec un focus sur le reboisement de 4.000 hectares.
Le cinquième et dernier axe du programme d’IBK consiste à bâtir un outil diplomatique performant qui défendra nos intérêts à l’extérieur, protègera les Maliens résidant à l’étranger et contribuera au développement économique du pays. L’intégration africaine, la migration et la diaspora sont aussi des sujets importants pris en compte dans le document.
Massa SIDIBÉ
 
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SOUMAÏLA CISSE POUR «RESTAURER L’ESPOIR»
A ses compatriotes, Soumaïla Cissé propose toute une batterie de mesures et de chantiers de réformes devant aboutir à la refondation du Mali. Sa vision repose sur cinq piliers qui résument les aspirations des Maliens. Le premier est la restauration de la paix, la sécurité du pays et l’autorité de l’Etat. Un engagement inspiré du contexte dans lequel intervient cette bataille électorale où les effets pervers de la crise 2012 sont encore perceptibles.
«Il faut sauver le Mali», dit-il dans son programme qui indique clairement que l’action du prochain gouvernement devra être consacrée à la restauration de l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du territoire, et ce dans une démarche inclusive et le dialogue avec la population.
Pour le candidat de l’URD, le plus urgent est de réformer profondément notre armée, notre gendarmerie et nos autres services de sécurité qui doivent être mieux équipés et mieux entraînés pour faire face aux menaces de l’heure. «Il en va de la souveraineté nationale», estime Soumaïla Cissé. Ainsi, promet-il la création de brigades d’intervention rapide (BIR), l’amélioration du budget de l’Armée et l’accélération de la réforme du secteur de la sécurité. Il entend également affecter des ressources budgétaires supplémentaires pour améliorer les conditions de vie des hommes (logements dans les casernes, quotas renforcés dans les logements sociaux, prise en charge renforcée des veuves et orphelins de guerre, etc.) et mettre en œuvre un programme ambitieux de modernisation des camps militaires.
Puisque seule la voie militaire ne suffira pas à sortir le Mali du gouffre, le deuxième pilier du programme prévoit d’instaurer un véritable dialogue entre tous les Maliens. «C’est par le dialogue que nous réussirons ensemble», se dit convaincu le candidat Cissé qui, une fois à Koulouba, travaillera à faire disparaitre les ferments de division, en renouant avec la tradition malienne qui repose sur l’échange et le partage.
La mise en œuvre de cet axe se matérialisera notamment par l’organisation d’assises nationales sur les grands problèmes de la nation, l’exécution d’un mécanisme pour la concertation entre le gouvernement, le patronat et les salariés sur toutes les questions relatives aux conditions de travail et à sa rémunération ainsi que la mise en place d’un cadre institutionnel pour l’action et la responsabilisation des Ong.
Le troisième pilier, «Mettre l’Etat au service des populations», est d’autant plus important que les conditions de vie de nos populations «restent encore très en deçà des objectifs d’un développement économique et social de nature à vaincre la pauvreté».
Selon Soumaïla Cissé, le Mali est encore parmi les derniers dans le classement du PNUD sur l’indice de développement humain (175ème sur 186 pays classés). Afin de changer la donne, notamment sur le plan sanitaire, son programme prévoit l’augmentation du budget de la santé, mais aussi la médicalisation de tous les CSCOM par le recrutement systématique des diplômés en médecine et le renforcement du système de protection sociale.
Le candidat entend également donner aux jeunes et aux femmes toute la place qui leur est due dans la société. Cet engagement constitue le quatrième pilier de son programme dans lequel il s’engage à ériger le Conseil national des jeunes en un organe consultatif pour toute décision importante à caractère réglementaire ou législatif relative à la jeunesse.
Un fonds sera mis en place pour permettre aux jeunes de développer des activités et un quota de 20% leur sera réservé à l’Assemblée nationale. En outre, il promet de faciliter l’installation de jeunes entrepreneurs, appuyer l’installation de jeunes diplômés dans l’agriculture, l’élevage, la pêche, l’artisanat et le tourisme et instaurer l’obligation pour les entreprises bénéficiaires de marchés publics d’inclure un certain pourcentage de travailleurs de moins de 30 ans. Aux femmes, Soumaïla Cissé promet le respect et l’application de la loi sur le genre. Il veillera également à leur accès équitable aux ressources nationales, notamment le crédit pour développer des activités génératrices de revenus.
Enfin, le cinquième pilier du programme du candidat est consacré à la construction d’une économie performante et solidaire. En la matière, la stratégie de Soumaïla Cissé s’appuiera notamment sur un secteur privé dynamique qui optimise le potentiel de nos ressources naturelles et qui fournit des emplois décents. «Notre économie doit à chacun et à chacune d’entre nous un avenir à la mesure de ses ambitions et de ses talents», estime le candidat de l’URD dans ce programme ambitieux dont le coût de mise en œuvre est estimé à 7.310,1 milliards de FCFA.
Issa DEMBÉLÉ

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