Ségou : L’ébéniste Alimata Coulibaly attire les regards

0
213

La promotrice (g) dans son atelier de travail avec une jeune assistante

Les passants ne résistent pas à la tentation de s’arrêter pour s’assurer que c’est une dame qui confectionne de jolis meubles de ses propres mains. A force de ténacité, elle a réussi à faire son trou dans un métier dominé par les hommes

La révolution dans l’environnement familial, et dans le monde des métiers, est patente dans tous les domaines d’activités au Mali. A ce progrès social, des femmes volontaires contribuent véritablement, profitant des avancées de l’émancipation féminine. Aujourd’hui, de nombreuses femmes évoluent dans des domaines restés longtemps réservés aux hommes. Elles sont menuisières, conductrices de train, chauffeurs de taxi. Bref plus aucun secteur n’échappe aux braves dames. Ces épouses et leurs filles qui refusent de rester confinées dans la cuisine forcent l’admiration et l’étonnement, notamment dans le domaine du transport et de la menuiserie.
Le métier d’ébéniste est dominé encore dans notre pays par les hommes. Cependant depuis peu des « mères courage » font leur entrée dans les ateliers. C’est le cas de la dynamique Mme Alimata Coulibaly, aujourd’hui menuisière de son état à Ségou. Cette déscolarisée a choisi le métier du bois. Elle a réussi à faire son trou dans le domaine de la confection des meubles.
L’atelier de l’ébéniste Mme Alimata Coulibaly est situé sur l’avenue conduisant au gouvernorat de Ségou. Les passants des deux sexes qui découvrent pour la première fois les installations de la femme ébéniste marquent le pas. Leur étonnement n’est pas feint. Les gens prennent le temps de fixer dans leur mémoire les traits de la fabricante de jolis meubles. Moulée dans un pantalon jean et un tee-shirt, un chapeau vissé sur la tête, elle exerce son métier sans complexe. Les regards des curieux ne la distraient nullement.

DONNER VIE AU BOIS- Le métier d’ébéniste n’a plus de secret pour Mme Coulibaly qui passe ses journées à scier, couper, raboter et donner vie au bois. Rien ne prédestinait Alimata à ce métier, dans un milieu conservateur. Native de Ségou, elle a effectué ses études fondamentales à Niono. Le Diplôme d’études fondamentales (DEF) en poche, la battante est revenue à Ségou où elle a été orientée au lycée Cabral. Après son échec au baccalauréat en 2011, elle a décidé d’abandonner le lycée, optant pour un centre de formation professionnelle. Elle choisira la menuiserie, dont le cycle dure trois ans. Toujours dans sa quête de se frayer un chemin dans ce métier, Alimata suivra encore une formation de perfectionnement de dix mois. « Je viens d’une famille moins aisée. Je suis mère de deux adorables filles. Je ne pouvais pas me permettre de perdre mon temps au lycée. L’ébénisterie était ma passion depuis toute petite. J’ai eu l’opportunité, je l’ai saisie », confie-t-elle. Son choix a-t-il été approuvé par sa famille, son entourage ? Elle répondra sans hésiter que si elle devait avoir au préalable l’approbation des uns et des autres, elle n’aurait pas pu réaliser son rêve. Et le menton volontaire elle fait ce commentaire : « Vous savez déjà ce qu’on pense des femmes travailleuses. Alors imaginez ce qu’on peut bien penser des femmes comme moi, qui ont choisi des métiers longtemps réservés aux hommes ».

DÉTERMINATION- Après une brève pause, Alimata ajoute qu’au fil des ans tous ceux qui étaient réticents à son égard, voire sceptiques sur ses chances de réussite ont fini par se résigner. Se résigner ? « Non. Je dirais plutôt qu’ils ont été séduits par ma détermination, mon courage. Je savais qu’il fallait les convaincre, les séduire à travers mon sérieux et l’amour du travail bien fait », relève l’artisane Alimata qui est du genre à ne pas abandonner face aux difficultés. « Mon secret c’est mon acharnement à être une ébéniste quoiqu’il advienne. J’ai ignoré les moqueries et les mauvaises langues qui me prêtaient d’autre but que la recherche du bien-être », affirme-t-elle. Debout près d’une grande table, une scie à la main, la professionnelle aguerrie s’affère à son travail quotidien. Elle propose à la clientèle des tabourets, des tables, des armoires, des lits et des meubles de salon. Aujourd’hui, la qualité du travail de l’artisane est reconnue dans la ville de Ségou. Elle est de plus en plus sollicitée par les clients pour le montage des bureaux.
Grace à cette activité, Alimata est une femme épanouie. Elle parvient à prendre en charge ses deux enfants et contribue aux dépenses de sa maison. Les débuts n’ont pas été faciles. Les propos suivants témoignent de ce parcours difficile : « Quand je proposais mes services on ne me prenait pas au sérieux. On ne croyait pas à ma capacité à faire un travail de qualité. Dieu merci, j’ai dépassé ce stade. Aujourd’hui, je suis de plus en plus sollicitée. Les meubles que je propose à la vente sont vite enlevés. Les bénéfices générés me permettent de faire face à mes dépenses. »
Mme Coulibaly aurait pour tirer davantage de profits à son métier si elle n’était pas confrontée au manque d’équipements. Et surtout elle ne dispose pas encore d’un bon atelier. L’ambitieuse Alimata sollicite toutes les bonnes volontés pour l’aider à promouvoir son activité, à soutenir son autonomisation.
Est-elle en contact avec des associations ou groupements de femmes entrepreneures ? A-t-elle sollicité l’appui des services de microfinance ou des banques pour développer son entreprise ? Elle répond par la négative. Pourtant, l’Etat et ses partenaires ont mis en place plusieurs mécanismes afin d’aider les femmes et les jeunes filles entrepreneures.
Alimata exhorte ses sœurs qui n’ont pas encore trouvé leur voie, à se battre. Elles doivent faire siennes ce vieil adage : « Il n’y a pas de sot métier, il n’ y a de sottes gens ». Dans une société comme la nôtre, la femme doit faire face aux préjugés sociaux. Elle doit s’armer de patience, de courage, de détermination. « Nous devons prouver à travers ce que l’on fait qu’il n’y a pas un métier spécifique pour l’homme ou pour la femme », soutient-elle. En la matière, explique-t-elle, les femmes ne doivent s’attendre à aucun traitement de faveur. « Nous devons nous battre pour faire notre chemin lentement mais sûrement. A cœur vaillant rien d’impossible », conseille l’ébéniste dont l’exemple a déjà séduit la jeune Fanta âgée de 14 ans, qui n’a pas eu la chance d’aller à l’école. Elle est devenue l’apprentie de Mme Coulibaly. Le rêve de Mme Alimata est d’ouvrir un centre d’apprentissage pour les jeunes filles et les femmes qui désirent faire carrière dans l’ébénisterie. Pour réaliser ce rêve, Alimata va solliciter le concours des structures et des programmes qui aident les filles déscolarisées
Abdoulaye Tall
Amap-Ségou

Laisser une réponse