Sékou Keïta: La danse au corps

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Notre compatriote a fait de sa passion un tremplin pour la promotion des chorégraphies de nos terroirs. Grâce à lui, ce pan de notre patrimoine culturel parcourt les scènes prestigieuses à travers le monde

Imaginez un colosse de 1,98 mètre, torse nu, des colliers au cou, les deux bras chargés de dizaines de bracelets aux couleurs chatoyantes, en train de se trémousser sur une scène. Il exécute à merveille des pas de danse comme le mindiani, le dansa, le gangouran, le wootoro (balafon), ou le didad…, tous inspirés de nos terroirs.

Il s’agit de Sékou Keïta. Ce danseur de talent qui véhicule à travers le monde un pan du patrimoine culturel de notre pays. C’est l’amour de nos danses qui le motive, confie-t-il. C’est le temps, c’est l’énergie, c’est le talent, c’est la chance, c’est la synergie, c’est la compétence qui le font voyager de Bamako à Abidjan en passant par Zurich (Suisse), Paris, Bruxelles, Londres, Salvador de Baya au Brésil.

Aujourd’hui professeur de danse africaine au célèbre Centre de danse Migros Klubschule à Zurich (Suisse), Sékou a chorégraphié et dansé pour les plus grands musiciens maliens comme Salif Kéïta, Oumou Sangaré, Amadou & Mariam, Babani Koné, etc… Il est aussi assistant chorégraphe dans l’Opéra de Berne en Suisse pour la création sur Chimanovsky.
Après plus d’une dizaine d’années de pratique, il décida de créer en 2018 une émission de télévision afin de contribuer à la promotion des danses de notre pays. Une émission de téléréalité intitulée : «Faso don» ou la danse du pays, qui a été diffusée sur trois mois sur Africable.

Malgré sa cinquantaine et sa grande taille, Sékou Keita n’a rien perdu de sa souplesse. En effet, la danse est généralement une affaire de jeunes. On rencontre très peu de danseurs au-delà de la quarantaine. Sékou Keita fait figure d’exception. Il doit cet état de fait à une hygiène de vie assez stricte qu’il observe depuis de nombreuses années. Son amour pour cet art n’est pas étranger aussi à sa longévité sur les planches.

Depuis sa prime jeunesse, il aimait danser, et parfois même avec les jeunes filles au son du tam-tam, témoignent ses anciennes voisines du quartier de Lafiabougou en Commune IV du District de Bamako où il résidait avec ses parents.

C’est tout naturellement qu’il a pris part à des préparatifs de la Biennale artistique et culturelle au niveau local et régional. Malgré l’opposition de ses parents qui ne voulaient pas qu’il danse, il a continué à fréquenter des amis dans les troupes de danse.
Sekou Keita pratiquait aussi le basket au lycée et est même devenu un titulaire indiscutable dans l’ancien club de l’AS BIAO, aujourd’hui dissoute. Il se souvient avoir jouer une finale de la coupe du Mali de basket avec cette équipe.

En 1989, il a décroché le bac dans la série Sciences humaines terminales (SHT). Après une année scolaire à l’ENA, il obtint une bourse d’étude pour la France où il a fréquenté la faculté de sciences humaines à l’Université de Paris V René Descartes. Attiré par la danse, il abandonne les études et décide de s’inscrire chez Nabou, la célèbre danseuse du groupe de musique très célèbre à l’époque des «Touré kunda».

De Youssouf DOUMBIA

Création originale- Après quelques mois de formation, il enchaîne les contrats professionnels de performance avec de nombreux groupes de musique qu’il accompagne dans leurs prestations en France. Il devient « Guest star » dans beaucoup de concerts de musique. Ce qui, selon l’artiste, permet de bien gagner sa vie, notamment avec le statut d’intermittent du spectacle.
Mais très vite, Sékou se rend compte que non seulement il faut créer sa troupe pour tenter une autre expérience, mais également qu’il faut se diversifier. Il entreprend une formation en vidéo avant de mettre sur pied une structure de production appelée « Djata production ».

à travers ses créations chorégraphiques, Sékou veut contribuer à la promotion des danses maliennes. De nos jours, très peu de troupes de danse travaillent uniquement sur les pas de danse du terroir. Sékou est très attaché à nos danses. Il l’exprime à travers ses différentes mises en scènes comme « Le Boubou », le Mali des merveilles, la danse du masque, entre autres.

Le Boubou est une création qui propose une approche et une lecture originales du Mali et de la société malienne. C’est un spectacle de danse, mais également une programmation musicale et vidéo riche et variée. La guerre, le dérèglement climatique ou encore la force du djiguiya (l’espoir) sont des sujets abordés avec une grande originalité. Le boubou est un habit noble, majestueux et qui protège bien celui qui le porte.

Par cette chorégraphie, Sékou tente de mettre en valeur, la diversité de notre culture. Les thèmes de cette création évoquent le Mali dans sa continuité et dans sa diversité. Aussi, l’actualité contemporaine y est traitée à travers une danse originale, l’Afro butoh.
C’est depuis 2013 qu’il avait eu l’idée de créer en solo « Le Boubou » dans un premier temps. Puis, il décide d’intégrer d’autres danseurs afin de donner de l’épaisseur à cette façon de valoriser le Mali, un spectacle vivant qui mêle vidéo, danse et musique.
En février 2016, Sékou Keïta a présenté une nouvelle création intitulée : « Le Mali des merveilles ». Cette performance réunit sur scène 70 artistes dont des compositions nationales telles que le Ballet ou l’Ensemble instrumental. Elle intègre des stars de la musique comme Oumou Sangaré, Bassékou Kouyaté, feue Haïra Arbi et une vidéo de Sidiki Diabaté.

C’est un spectacle de danses, de vidéos et de chants qui propose de vous emmener durant 1 heure 30 minutes pour un voyage de surprises et d’émerveillements. Un itinéraire fidèle à ce que vit le Mali actuellement, entre bonheurs et angoisses.

La création, produite entièrement par Djata Production, suscita une forte mobilisation du public et l’événement a eu un grand écho médiatique. Dans la foulée, Sékou Keïta a été sollicité pour l’animation du dîner des chefs d’état lors du sommet Afrique-France de février 2017 à Koulouba.

L’artiste prépare deux projets majeurs : une œuvre de danse autour de l’épopée mandingue et la création d’un centre culturel qui fera de la production de spectacles.

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