Sortie de crise au Mali : Le Premier ministre s’emploie à déblayer le chemin

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Le chef du gouvernement appelle à se donner la main pour trouver les voies et moyens de sortie de crise

Dr Boubou Cissé et son équipe ont élaboré une feuille de route qui a été soumise à l’ensemble des forces vives de la nation. Ce document, ouvert aux propositions, se veut le bréviaire des actions du gouvernement d’union nationale

Dans la lettre de missions que le président de la République a assignée au gouvernement restreint figure en priorité le retour à une situation de normalité dans notre pays et la nécessité d’aller vers une paix sociale. Il s’agira de créer, en définitive, les conditions propices à la formation d’un gouvernement d’union nationale. C’est dans cette perspective qu’a été conçu comme un instrument devant conduire le Mali à la stabilité, le projet de feuille de route élaboré par l’équipe dirigée par Dr Boubou Cissé. Le document est soumis aux forces vives de la nation pour amendements et validation.

Dans le cadre de ces concertations avec l’ensemble des forces vives, le Premier ministre a rencontré samedi la mouvance présidentielle. À l’issue de cette rencontre, les soutiens du président de la République ont validé le projet de feuille de route, après avoir fait quelques propositions. Le chef du gouvernement s’est réjoui de cette avancée, au sortir de la réunion. Dr Boubou Cissé a souligné aussi à cette occasion que si un consensus était obtenu autour de ce projet de feuille de route, «nous pourrions poser les jalons, les conditions d’une sortie de crise dans notre pays». Par la voix d’Abdoulaye Amadou Sy, la mouvance présidentielle a exprimé son adhésion. Le dirigeant politique a estimé que cette feuille de route devrait, en principe, ramener la paix, la sérénité. En appui à son analyse, l’ancien ministre a souligné le caractère inclusif de la démarche qui consiste à associer l’ensemble des opinions. Face aux difficultés que le pays rencontre, a complété Abdoulaye Amadou Sy, il s’agit de trouver une seule voie pour l’intérêt du Mali. Il a plaidé pour la recherche de solutions endogènes.

Après la majorité présidentielle, le document sera soumis aux autres acteurs qui auront le loisir de l’enrichir avec d’éventuelles propositions. Il est fort probable que la société civile adhère à la démarche du chef du gouvernement. En revanche, à en juger par les dernières sorties et prises de position des pourfendeurs du régime, tout porte à croire que ces derniers n’applaudiront pas des deux mains le projet de document. Difficile d’attendre de leur part des propositions d’amélioration.

Pourtant, le Premier ministre a, encore une fois, exhorté l’opposition, en particulier le M5-RFP, d’accepter l’offre de dialogue. Dr Boubou Cissé a expliqué à ce propos que le projet de feuille de route prend en compte un certain nombre de préoccupations exprimées par les contestataires. «En plus de cette prise en compte, nous sommes prêts à intégrer d’autres préoccupations qu’ils souhaitent avoir», a rassuré le chef du gouvernement.

CADRE APAISÉ

Mais il y a peu de chance qu’il soit entendu immédiatement, car le M5-RFP continue d’exiger la démission du président du président de la République, ainsi que de l’ensemble de son régime. Le rassemblement qu’il projette pour demain participe de la logique maximaliste dans laquelle le Mouvement s’est enfermé depuis son rejet des recommandations du sommet extraordinaire de la Cedeao, consacré à la crise dans notre pays. Les contestataires n’ont pas hésité à balayer d’un revers de la main les « décisions fortes » des chefs d’État, fermant la porte au dialogue tant souhaité par nos concitoyens et les amis du Mali.

À l’opposé de cette stratégie de durcissement des contestataires, le président Ibrahim Boubacar Keïta est en train de procéder à la mise en œuvre intégrale des recommandations de l’organisation intergouvernementale ouest-africaine. Le processus de remembrement de la Cour constitutionnelle s’achève aujourd’hui avec la prestation de serment des 9 nouveaux membres, ainsi que du président de la Cour suprême, fraîchement nommé lui aussi. Après la mise en place du cadre judiciaire, la gestion du contentieux électoral peut être faite dans les règles de l’orthodoxie juridique.

Parallèlement à la mise en place de l’arsenal judiciaire, l’État a décidé de sévir contre les fauteurs de troubles en procédant à des arrestations parmi les individus qui perturbent le fonctionnement des services publics. Plusieurs militants du M5-RFP ont été arrêtés, jugés et condamnés, la semaine dernière, suite aux manifestations de désobéissance civile. On pourrait déplorer le fait que le climat politique ne se prête pas encore à la création d’un cadre apaisé pour que les acteurs politiques échangent sereinement sur les propositions du projet de feuille de route. Pourtant, le document regorge de points qui pourraient servir de base pour engager le dialogue entre les protagonistes. L’amélioration de la gouvernance est le principal cheval de bataille des ténors du M5-RFP. Cette question est bien prise en compte dans le document qui appelle en effet à «un rassemblement national pour une gouvernance plus vertueuse».

Preuve que l’organisation de scrutins crédibles, transparents et apaisés est une préoccupation majeure des autorités, le document recommande la création d’un organe unique de gestion des élections dans notre pays. Au nombre des propositions faites par le Premier ministre figure aussi une demande essentielle venue du pays profond à la faveur de la tenue du Dialogue national inclusif : engager le dialogue avec les terroristes maliens.

Sur la base de la prise en compte de ces nombreuses préoccupations, le Premier ministre appelle nos compatriotes, toutes tendances confondues, à se donner la main pour trouver les voies et moyens afin de sortir le Mali de cette crise multiforme et complexe. Dr Boubou Cissé a précisé qu’il s’agit de la «main patriotique de chaque Malien et de chaque Malienne» pour que nous puissions nous retrouver autour de l’essentiel : sortir notre pays de l’ornière de la crise.

Massa SIDIBÉ

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