Structures de santé : Faible affluence aux consultations

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Comme on peut le constater sur ces images, la distanciation n’est pas respectée dans les centres

Les malades et autres usagers des établissements de soins ont peur d’une contamination au coronavirus

La fréquentation des Centres hospitaliers universitaires (CHU) et autres établissements a connu un coup de mou avec l’apparition du coronavirus dans notre pays. Les malades ne se bousculent plus aux portillons des structures sanitaires pour se soigner. Tout ce qui ne relève pas de l’urgence médicale ou chirurgicale est remis aux calendes grecques. En tout cas, les malades et autres usagers des établissements de soins (pour la plupart) préfèrent attendre que la crise sanitaire mondiale passe ou que les choses soient sous contrôle pour se faire consulter par un médecin. Pourtant cela risque de prendre des mois.
La peur d’une éventuelle contamination au coronavirus contraint les malades qui souffrent d’autres pathologies à renoncer aux consultations externes. Parce qu’il est établi que les contacts humains peuvent exposer au coronavirus les uns et les autres, c’est-à-dire, à la fois, le malade et le praticien. Surtout que, de plus en plus, les professionnels de la santé montent au créneau pour réclamer de meilleures conditions de prestation, notamment des équipements de protection individuelle dans un contexte de pandémie du coronavirus.
Si certains malades dépassent leur peur pour recourir aux soins, dans quelles conditions se font les consultations externes dans les établissements hospitaliers et autres structures de santé ? Pour jauger ces conditions, nos reporters sont allés sur le terrain.
À l’Association de santé communautaire de Magnambougou (ASACOMA), un centre de santé communautaire, on remarque à l’entrée le dispositif de lavage des mains au savon. Les patients et autres usagers sont obligés de sacrifier au rituel du lavage des mains au savon et de se soumettre au contrôle de température.
Dans cette infrastructure de premier niveau de la pyramide sanitaire, le personnel a été réduit pour respecter la distanciation et soumis à la rotation. À en croire Dr Bakary Sanogo, directeur technique de l’ASACOMA, cette mesure n’a aucun impact sur les consultations externes. Le personnel s’évertue à fournir les soins qui relèvent de ses compétences avec de maigres moyens.

« J’achète des gants pour me protéger. Même le jour où on n’en aura pas, on travaillera quand même parce qu’on a prêté le serment d’Hippocrate», confie Dr Sanogo. Il reconnaît que son établissement ne dispose pas des grands moyens pour approvisionner les travailleurs en matériels de protection individuelle. « Nous sommes obligés, nous-mêmes, d’acheter les bavettes, les gants et le gel hydroalcoolique. On n’a jamais eu le moindre sou pour cela », souligne-t-il avec amertume. Le directeur technique s’amuse à faire une comparaison. Le jour où les premiers cas de Covid-19 confirmés dans notre pays ont été annoncés, le taux de fréquentation a baissé. Mais on s’achemine depuis quelque temps vers un retour à la normale. Il justifie cette situation par une prédilection des malades pour les petits centres au lieu des grands hôpitaux et autres centres de santé de référence (CSREF). Il affiche un grand sourire et relaie les explications des patients. Ceux-ci estiment, selon lui, que dans les grandes structures « une fois que la température est élevée avec de la toux, on risque de vous taxer de suspect et de pousser les investigations ».
Le directeur administratif du Centre hospitalier « Mère-Enfant » ou « Le Luxembourg », Abdoul Kader Baby, souligne que certains services, notamment le laboratoire d’analyses biomédicales, le bloc opératoire et le service d’imagerie médicale fonctionnent 24h/24h mais peut-être pas à plein régime. Une réduction de la fréquentation est aussi ressentie en termes de recettes. Or l’hôpital doit continuer à fonctionner et assumer des charges.

Abdoul Kader Baby déplore la baisse de la fréquentation de l’hôpital, donc forcément des recettes. Alors que l’établissement doit continuer à acheter des gels hydro alcooliques et des bavettes pour le personnel et cela pour combien de temps, on n’en sait rien. C’est une dépense extrabudgétaire à assurer. En cette période de pandémie du coronavirus, l’hôpital Mère-Enfant a demandé comme d’autres structures aux stagiaires de rester à la maison. La décision se justifie par la nécessité d’atténuer les risques de contamination. Au passage de notre équipe, l’établissement avait accueilli un cas suspect qui a été immédiatement isolé pour pousser les investigations.
Au Centre de santé de référence de la Commune V (CSREF), les consultations se font comme à l’accoutumée.
Les gestes barrières sont observés à l’entrée mais la fréquentation des lieux par les malades a un peu baissé si l’on en croit le surveillant général de ce centre, Ousmane Kéïta. Il soutient que les centres de santé doivent renforcer les mesures préventives contre la chaine de contamination. Il faut, poursuit-il, multiplier la sensibilisation des populations sur le coronavirus, les modes de transmission et les mesures préventives à adopter.
Le point focal chargé du suivi des cas suspects dans le même établissement de soins, Dr Traoré Bintou Sangaré, explique que son équipe sensibilise les visiteurs notamment sur l’importance du respect de la distanciation entre les patients. « Ce n’est pas en restant à la maison qu’on guérira », fait-elle remarquer à juste raison.

Mohamed D.
DIAWARA

 

Le recours à la consultation en ligne 

Dans un contexte de flambée du coronavirus à l’échelle planétaire, certains patients privilégient, les consultations en ligne. Selon les spécialistes, la consultation en ligne permet aussi aux malades de bénéficier de l’expertise de médecins généralistes ou de praticiens spécialisés à distance dans le respect de la distanciation sociale. Ces consultations médicales en ligne représentent une bouffée d’oxygène pour les malades qui montrent une certaine peur à aller dans les structures de soins. Les malades n’hésitent pas à décrire leurs symptômes sur les réseaux sociaux ou au téléphone aux praticiens qui réagissent bien. On arrive à poser les diagnostics et à prescrire des ordonnances.
La pratique a l’avantage d’éviter au médecin de toucher le malade dans un contexte de pandémie du coronavirus et de lui administrer des soins à distance. Dr Bakary Sanogo, directeur technique de l’Association de santé communautaire de Magnambougou, avoue faire désormais beaucoup de consultations en ligne. « Les malades me décrivent leurs symptômes au téléphone. En fonction de leurs explications, je leur prescris aussi des médicaments en ligne », témoigne-t-il. Mais le toubib précise que si ces personnes ont de la fièvre ou des difficultés à se déplacer, il lui arrive d’aller les voir à domicile. Il se réjouit de voir que tout se passe bien pour l’heure.
Le directeur de l’Agence nationale de télésanté et d’informatique médicale (ANTIM), Ousmane Fomba, rappelle que sa structure est dédiée à faire de la télémédecine et apporter des solutions innovantes aux malades et autres usagers des établissements de soins. Pour lui, la télésanté doit être largement utilisée à travers des consultations via les technologies de l’information et de la communication. Le patient est consulté par un médecin généraliste par exemple qui renvoie les informations à un spécialiste. Celui-ci donne son avis et oriente le protocole thérapeutique. Il pense que l’application de la télésanté demeure timide parce que les hôpitaux et autres centres santé de référence n’adhèrent pas.
M D. D

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