Suspension de poussière : Le phénomène fait de la résistance

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La brume suspendue sur la ville de Bamako (Archives)

Depuis quelques semaines, les Bamakois observent le matin une suspension de poussière dont beaucoup ne connaissent pas les causes. Cette brume de poussière est due à des phénomènes qui se passent à des milliers de kilomètres de la capitale. Selon Mali-Météo, elle est liée «au renforcement de vent au niveau du sol dans des foyers de poussière qui sont localisés principalement au nord du Mali, dans certaines parties du Tchad, du Niger et du Burkina Faso ».
Cette semaine, aussi, précisément, hier les Bamakois ont pu l’observer une bonne partie de la matinée. Le phénomène, selon les prévisions, pourrait persister quelques jours. « Nous pensons que ça va aller jusqu’a fin janvier ou au-delà. À partir de là, ça va commencer à diminuer d’intensité », confie le directeur du réseau d’observation de la prévision météorologique de Mali-Météo, Moussa Touré. Pour le spécialiste, c’est la moitié Est du Mali et Bamako qui sont concernées par cette suspension de poussière à laquelle s’associe une inversion de température qui contribue à bloquer les poussières en surface. « Normalement, plus on va en altitude, plus la température diminue. Mais on constate l’inverse ces derniers jours. Plus on monte en altitude surtout les matinées, plus la température augmente ». C’est ce qui, explique le spécialiste, fait que globalement les poussières et « tout ce qu’il y a comme fumée sont bloquées en surface ». Le spécialiste incrimine aussi les fumées de voiture et celles provenant d’activités industrielles qui, à cause de l’inversion de température, restent « bloquées en surface ».

Si les Bamakois constatent une atténuation du phénomène vers le milieu de la journée, avec l’augmentation de l’ensoleillement, nombreux sont ceux qui prennent tout de même des précautions. Comme Oumar Abdoulhamidou Dicko, enseignant. Armé d’un cache-nez, d’une paire de gant et d’un pull-over comme moyens de protection, il pense que ce phénomène est lié au réchauffement climatique. Notre interlocuteur estime que la situation nécessite pour les usagers de la route une certaine concentration. « Parfois, on a du mal à distinguer les gens à une certaine distance. Cela peut provoquer des accidents », se plaint-il.
L’amélioration à laquelle on devrait assister cette semaine, pourrait être compromise, selon Moussa Touré, par l’insistance de l’inversion de température matinale qui va provoquer certainement une réduction de visibilité dans la matinée. Ainsi, recommande-t-il quelques précautions. « Il y a deux aspects : la fumée et la poussière, mises ensemble, peuvent jouer sur le système respiratoire. Ce que nous demandons à la population, c’est de se protéger avec des cache-nez et d’éviter de rester longtemps dehors », recommande Moussa Touré. Pour qui les enfants de moins de 5 ans et les personnes âgées sont les plus vulnérables.

Selon le spécialiste de Mali-Météo, l’année 2019 a été l’une des plus chaudes sur le plan mondial. En ce qui concerne la température pour le mois de février, il ajoute que conformément aux prévisions météorologiques, elle ne sera pas très en baisse, « même si parfois on peut avoir des chutes du niveau du mercure (température en chute libre) ». De plus, concernant la saison chaude à laquelle les Maliens se préparent pour mars, le spécialiste confirme qu’elle « sera un peu chaude ».
Bien que le phénomène de la brume de poussière s’explique scientifiquement, certains, par superstition, y voient un mauvais présage. « La suspension de poussière n’augure jamais rien de bon, j’ai fait le constat. À chaque fois, elle est suivie d’une grande affliction », croit savoir Moussa Kanté (ce n’est pas son vrai nom). « Je vais aux obsèques d’un membre de la famille. En plus, c’est tout le Mali qui est en deuil suite à l’attaque de Sokolo, puis rappelez-vous bien à chaque fois qu’il est sur le point d’arriver un grand malheur, comme les évènements de 2012, on constate des phénomènes similaires », grommèle notre interlocuteur. Il y a de quoi s’inquiéter donc.

Rachel Dan GOÏTA

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