Tapisserie « Nyeleni» de Ségou : À la recherche d’un nouveau souffle

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La coopérative multifonctionnelle a été créée en 1982

L’entreprise est frappée par une crise financière sans précédent. Elle sollicite l’accompagnement de l’état pour lutter contre la pauvreté rurale

La capitale des Balazans est une ville nantie en associations de femmes, surtout dans le domaine de l’artisanat. On y compte plusieurs associations de femmes artisanes qui réalisent des œuvres de bonne qualité. Mais la crise sécuritaire qui sévit dans notre pays a affaibli ces organisations féminines.
La tapisserie de renommée internationale « N’Yeleni » n’échappe pas à cette baisse d’activité. Le visiteur de l’atelier passe en revue quelques métiers à tisser et une dizaine de bancs de l’ancienne génération. Dans la cour, sont étalées les balles de laine de mouton pure teintes dans diverses couleurs et qui servent de matière première.

Bienvenue dans l’univers de la tapisserie de renom qui faisait la fierté de Ségou. La désuétude de l’endroit prouve la détermination de quelques dames présentes sur le lieu à remonter la pente. La coopérative multifonctionnelle créée en 1982 n’est que l’ombre d’elle même présentement. Un effectif de 72 femmes travaille dans l’atelier principal et 50 autres sont en activité dans la banlieue de Ségou.
L’organisation de femmes ingénieuses « N’Yelen » n’est plus à présenter au Mali. Le souvenir de la qualité de son travail dans le domaine du tissage des tapis et des tissus traditionnels est encore vivace dans l’esprit des Maliens.

Mais ces dernières années, N’Yéléni traverse une crise financière sans précédent. L’entreprise compte actuellement moins de 30 personnes, selon l’une de ses responsables. Elle arrive à peine à assurer le salaire de ses employées. Mme Mariétou Koumaré exhibe l’album photos des merveilleux modèles de tapis , mais qui ne sont plus produits. Selon elle, la morosité actuelle est la conséquence de la crise qui sévit au Mali. La majorité de nos clients étaient des touristes qui ne viennent que rarement depuis que la situation sécuritaire s’est dégradée dans notre pays. L’approvisionnement en matière première, la laine pure du mouton est difficile .
L’entreprise était fournie par des partenaires à partir des régions du nord et de Mopti. Aujourd’hui, seul un fournisseur de Mopti reste opérationnel, la crise nous a fait perdre les autres », indique Mme Koumaré. Cette difficulté d’approvisionnement a conduit à la hausse du prix du kilogramme de la laine de mouton.

UNE DIZAINE DE COMMANDES. La présidente de l’organisation, Mme Thérèse Dougouné, révèle que la tapisserie a bataillé fort pour avoir la marchandise à un prix raisonnable. «  Malgré les lamentations et les supplications, le kilogramme de la laine de mouton nous est cédé à 1.600 Fcfa au lieu de 1.500 Fcfa.
S’y ajoutent les tracasseries pour le transport et la qualité même de la marchandise », souligne-t-elle. Cet état de fait ralentit le travail. En effet, l’organisation a reçu une dizaine de commandes du Mali et de l’étranger, notamment du Sénégal, et de la Côte d’ivoire. Les clients devront attendre. Ceux qui ont opté pour le grand format patienteront environ 5 mois. Les commandes des formats moyens seront servies au bout de 3 à 4 mois. La situation financière actuelle de l’organisation exige du client le payement de la moitié du prix du modèle de tapis choisi.

Les prix diffèrent selon les couleurs. Ainsi 1m2 de couleur naturelle coûte 65. 000 Fcfa contre 70. 000 Fcfa pour les tapis en couleur. Pour avoir un tapis moyen, il faut débourser 585 000 Fcfa pour la couleur naturelle et pour la couleur teinte 630 000 Fcfa. Ces quelques commandes ont été reçues après la publication faisant la promotion de N’Yéléni sur les réseaux sociaux. «  On était dans l’embarras total, car très peu de Maliens s’intéressent à nos produits. Je reconnais que l’idée de faire voir nos produits sur les réseaux sociaux a été bénéfique.
Du coup, on enregistre des commandes des pays voisins. Ce qui nous permet de faire face aux dépenses courantes de l’atelier dont le salaire des employés », souligne-t-elle.

Des tapis de laine de mouton «Made in Mali»

Notre interlocutrice regrette les moments où les recettes générées permettaient à leur entreprise de faire des épargnes et d’aider les femmes du groupement dans le besoin. Un système d’épargne efficace permettait de financer les besoins particuliers de nos membres. L’approche était de leur venir en aide dans le besoin et la bénéficiaire remboursera. La direction achetait aussi du riz et de l’échalote.
En période de soudure, ces produits étaient revendus sans intérêt aux membres du groupement. Ces avantages ne sont plus accordés aujourd’hui. La tapisserie cherche un nouveau souffle L’objectif est de continuer à soutenir les femmes et à lutter contre la pauvreté rurale. L’association ne peut plus soutenir les frais des femmes qu’elle emploie.

Actuellement, quelques femmes sont retenues pour renforcer l’équipe de Ségou. «  Nous nous organisons comme nous pouvons pour faire face aux difficultés », indique la présidente Mme Thérèse Dougouné. Elle sollicite l’accompagnement de l’état pour redresser la tapisserie. «  Seule la volonté politique peut nous sauver de cette situation.

Que le gouvernement oblige tous les départements ministériels et les institutions relevant du budget d’état à acheter nos produits. L’état doit penser à la relève. Comme vous pouvez constater, nous prenons de l’âge il ne faudra pas qu’on ferme l’atelier après nous », se lamente la présidente.
La promotion et la valorisation de la tapisserie peuvent être une réponse adéquate au chômage des jeunes.

« C’est à l’état de faire de cette tapisserie ce qu’il veut. L’atelier peut être un centre d’apprentissage pour les jeunes déscolarisés et non scolarisés. Nous voulons vraiment léguer notre savoir-faire à la jeune génération », souhaite-t-elle.
Pour l’instant, les tapissières de Ségou souhaitent que de bonnes volontés les aident à se procurer facilement de la laine pure de mouton. Cette matière première devient de plus en plus rare depuis la crise survenue dans notre pays en 2012.

Mariam A. TRAORÉ
Amap-Ségou

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