Téléphone portable : Attention à la nomophobie

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Beaucoup de jeunes restent scotchés à leur téléphone toute la journée

Couteau suisse, le téléphone portable est devenu notre fidèle compagnon. Cependant, certains en abusent et deviennent nomophobes

Souvent, taraudés par la peur de rater un événement ou une information importante, tête baissée, nous scrutons et touchons l’écran de notre téléphone ou smartphone à longueur de journée. Ces gestes, en apparence anodins, ont un impact significatif sur la façon dont nous interagissons avec les autres dans la vie réelle.

Au fil des ans, l’appareil sans fil s’est enrichi, devenant ainsi le fidèle compagnon des adolescents et adultes. C’est un véritable couteau suisse qui permet non seulement de rester en contact avec ses proches, mais aussi de mettre en relation, de manière quasi-instantanée, des internautes vivant aux quatre coins de la planète. Pourtant, si nos téléphones nous apportent de belles solutions au quotidien, ils présentent également de nombreux inconvénients.

Certains d’entre nous sont devenus incapables de prendre un petit-déjeuner ou même de discuter avec des amis sans manipuler leurs téléphones. Ousmane Barry, la vingtaine révolue, répète constamment les paroles de chansons de différents rappeurs et passe la majeure partie de la journée sur les réseaux sociaux à zieuter son appareil. Une situation qui heurte profondément sa grand-mère qui ne cesse de le dissuader d’interrompre, un tant soit peu, son histoire d’amour avec son téléphone qui l’accapare de plus en plus.

D’autre part, les jeux vidéo qui sont une source de perte de temps et d’énergie se sont fait une place au soleil. Ils occupent désormais une grande place dans le quotidien des jeunes et des mômes. Un dimanche après-midi, nous sommes au quartier Angoulême, le soleil inonde le ciel. à côté d’un atelier de couture jouxte un parking de lavage.

Après une longue journée de travail, Hamidou Koïta, laveur de voitures et d’engins à deux-roues, entouré de ses amis, joue à un jeu de football sur son smartphone. Au bout de quelques minutes, un client débarque avec sa moto. Hamidou Koïta a toujours les yeux collés sur son écran. Le client l’observe quelques secondes, avant de lui jeter à la figure qu’il doit faire son travail et poser son smartphone.

UN GAGNE-PAIN-Certains jeunes avouent qu’ils sont devenus accro aux technologies de l’information et de la communication. Pour Moussa Ouattara, c’est un outil formidable qui lui permet d’appeler ses proches, de surfer sur les réseaux sociaux (Facebook, Snapchat, WhatsApp, Instagram), d’écouter de la musique, de se renseigner sur la météo, de faire des virements. Notre interlocuteur souligne que son smartphone lui sert aussi de réveil. «Il sert à faire beaucoup de choses. Je ne peux pas m’en passer, ne serait-ce qu’une journée», confesse Moussa Ouattara.

Quant à Mohamed Diarra, il passe environ 6 heures par jour sur son téléphone portable et ne le quitte jamais, par crainte de rater une affaire juteuse. «C’est mon gagne-pain. Je l’utilise pour vendre du crédit à mes clients. Ces derniers m’appellent constamment au téléphone pour leur transférer des unités», indique le vendeur, tout en ajoutant que les réseaux sociaux dévorent une partie de son temps. «Durant la journée, quand je ne navigue pas sur le Net, je me sens mal à l’aise, j’ai l’impression de disparaître», nous confie-t-il.

Cependant, le jeune Mohamed déplore le fait qu’on ne discute plus comme avant dans les grins. Chacun a les yeux rivés sur l’écran de son téléphone mobile, réduisant considérablement les échanges, ajoute- t-il. Stanislas Dakono, psychologue, estime que le smartphone a indubitablement changé nos vies, mais a aussi comme conséquence de séparer des personnes, et même des familles. «Chez certaines personnes, on note une addiction. L’absence de cet outil provoque chez eux du stress», a-t-il fait remarquer avant d’expliquer qu’une maladie dénommée nomophobie (la peur de se retrouver sans son mobile) a vu le jour. Les jeunes et les adolescents en sont les premières victimes.

Pour lui, cette dépendance est savamment orchestrée par les concepteurs et multinationales du téléphone portable qui, à coup de pub, vantent les mérites de nos appareils. «Beaucoup de gens sont devenus accros au téléphone portable. C’est un outil qui isole les individus et fragilise les rapports sociaux et humains», révèle le psychologue. Pour ne pas tomber dans l’addiction, Stanislas Dakono conseille de faire une pause numérique.

Autre réalité : si le  téléphone portable favorise la communication vocale, il est aussi l’objet de tiraillements et engendre souvent la discorde au sein des couples. Une relation d’amour peut banalement aboutir à un divorce, lorsque l’époux ou l’épouse pique une crise noire de jalousie, ou découvre un sms compromettant. Par ailleurs, les 6, 7, et 8 février sont célébrées comme les journées mondiales sans téléphone portable et smartphone. Créées par l’écrivain Phil Marso, elles ont pour objectif de jeter un regard rétrospectif sur notre utilisation du smartphone et de susciter une réflexion autour de cet outil qui prend trop de place dans notre quotidien jusqu’à en devenir une addiction.

Dans son livre «Adikphonia», Phil Marso qui s’est lancé dans une croisade contre le téléphone, propose des pistes de solutions afin d’outrepasser notre dépendance qui est savamment orchestrée par les concepteurs et multinationales du téléphone portable.

Mamadou SY
Amap-Ségou

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