Transition au Mali: Un bon départ

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Le président et le vice-président ont été installés dans leurs fonctions, vendredi, au cours d’une cérémonie solennelle ayant mobilisé de nombreuses personnalités nationales et étrangères. Après avoir prêté serment devant la Cour suprême, le président Bah N’Daw a affiché ses ambitions pour remettre le pays sur la voie de l’ordre constitutionnel normal

Le président Bah N’Daw a pris les rênes de l’État pour aider la patrie à surmonter les graves épreuves du moment. Poignants et rassurants, ces premiers mots sont à la dimension de l’espérance collective et cadrent parfaitement avec les échéances qui l’attendent : organisation d’élections crédibles, pacification du pays, lutte contre l’impunité et la Covid-19…

À l’heure du bilan, la pertinence de son choix s’appréciera surtout à l’aune de la crédibilité qu’il aura imprimé aux processus électoraux. Le président Bah N’Daw prouve qu’il en a conscience quand il assure que sa plus «grande satisfaction» sera de passer le témoin à un président «élu proprement et indiscutablement». Autrement, le Mali s’exposerait à d’autres grabuges. Nul besoin de rappeler, en effet, que cet officier supérieur à la retraite doit son arrivée impromptue à la tête de l’État à une action militaire, elle-même survenue à la suite de la dégradation du climat sociopolitique suite aux dernières élections législatives.

Cette crise a étalé les tares de nos processus électoraux, la vulnérabilité de notre démocratie. Le président Bah N’Daw veut donc revoir toute la procédure afin que le Mali dispose de bons textes, de bonnes pratiques… «Je combattrai sans concession les scrutins aux coûts astronomiques, la fraude électorale, l’achat de voix, l’incursion de l’administration dans le processus électoral, la perversion des résultats par les Cours d’arbitrage», s’est-il engagé. Le cap est ainsi fixé pour qu’in fine, le peuple malien ne soit plus jamais «privé de ses choix».

Encore qu’il faille un environnement favorable à l’organisation des élections pour réussir le passage à l’ordre constitutionnel. Les dernières joutes ont été impossibles dans plusieurs circonscriptions. Et depuis 2013, nombre de nos compatriotes vivent dans des pays voisins, chassés de leurs terroirs par l’insécurité. Sans compter les milliers de victimes civiles et militaires de l’insécurité devenue ambiante. D’où l’urgence de pacifier le pays. Sa remise sur pied passera par la guerre contre les forces terroristes qui continuent d’étendre leurs tentacules. Le péril impose plus de réactivité, plus que les «demi-victoires».

Ainsi, le nouveau chef suprême des armées est formel : « Nous devons gagner totalement et durablement la guerre. » Il faudra, à cet effet, véritablement renforcer l’outil de défense. Plus concrètement, le président Bah N’Daw veut bâtir une armée aguerrie, « matériellement soutenue et moralement prête ». Il faudra mobiliser les moyens qu’il faut et bien les gérer. Voilà pourquoi il a promis que pas un centime ne devra disparaitre, sans laisser de trace.

Il en a pris le serment : « Les moyens de l’armée iront désormais totalement à l’armée et seulement à l’armée. Chaque centime investi pour la défense et la sécurité de ce pays surveillé et évalué.» Une mise en garde nécessaire, au moment où des soupçons de corruption entachent les marchés d’achat d’armements.

POT-DE-VIN DEVENU SYSTÉMIQUE- Dans cette guerre qui n’a rien de classique, Bah N’Daw n’exclut pas de composer avec la Force française et la Mission onusienne qui ne sont là que « pour assister le Mali dans sa guerre de libération ». À juste titre, il a eu une pensée pieuse pour les soldats de ces forces amies, tombés au champ d’honneur. Leurs appuis sont toujours précieux, en ces moments où il y a pratiquement un groupe terroriste derrière chaque dune de sable du Nord et du Gourma. Sans oublier le jeu parfois ambigu et trouble de certains groupes armés signataires de l’Accord pour la paix et la réconciliation.

Alors qu’il entame un nouveau départ, le Mali doit en finir avec un mal à l’origine de ses difficultés économiques, sociales et même sécuritaires : la corruption. Elle est courante et le pot-de-vin est devenu si systémique que les citoyens s’y sont habitués. La lutte sera implacable contre ce fléau, à travers une gestion rigoureuse de nos maigres ressources. Promesse du président Bah N’Daw qui a été très ferme, n’hésitant pas à parler d’impunité zéro. Elle sera la norme. Mais au-delà des mots, les Maliens attendent surtout des actes.

Pragmatique, le nouveau chef de l’État promet que « tous les dossiers d’enquêtes réalisées par nos structures de vérifications seront transférés au juge, au besoin ». Il peut déjà compter sur l’engagement de la justice, a assuré le procureur de la Cour suprême.

Autre chantier, et non le moindre, est la mise en application des conclusions du Dialogue national inclusif. Le président Bah N’Daw y met un point d’honneur. Et dès les semaines à venir, les Maliens découvriront le comité qui sera commis à la tâche. Aussi, la transition s’attellera à l’application l’Accord pour la paix et la réconciliation qui « ne sera révisé que d’accord parties ». Et les efforts seront également maintenus en matière de gestion de la pandémie Covid-19, à travers la promotion des mesures barrières. « À aucun moment, nous ne devons baisser la garde », exhortera le président de la transition.

Dix-huit mois pour exécuter ces tâches paraît, pour certains, surréaliste. Pourtant, le président Bah N’Daw croit y arriver, pourvu que l’ensemble national rame dans le même sens. Et que les propres enfants de la mère patrie arrêtent de lui asséner des coups. En effet, selon lui, «le Mali est ébranlé, piétiné, humilié par ses propres enfants, par nous-mêmes ». Alors pour le remettre sur pied, chaque main sera utile. Au-dedans comme au-dehors, les Maliens doivent se mobiliser pour une transition stable et réussie, dans les conditions et les délais.

Aux côtés du président de la transition, le chef du Comité national pour le salut du peuple (CNSP), le colonel Assimi Goïta, jouera le rôle de vice-président. Il jouera sa partition certainement dans le domaine de la défense et de la sécurité. Nul doute que sa présence sera d’un bon apport pour le président de la transition, eu égard au rôle joué par le CNSP dans le dénouement de la crise sociopolitique qui paralysait le pays depuis des mois.

Au cours de la cérémonie d’investiture, le procureur de la Cour suprême, Boya Dembélé, s’est adressé directement au président de la transition, en plaidant pour la libération de certains dirigeants du régime déchu, détenus depuis le 18 août dernier. «S’il y a des choses à leur reprocher, a expliqué en substance le procureur, il faut que cela soit réglé devant un tribunal ».
Son appel sera sans doute entendu puisqu’il fait partie aussi des recommandations de la mission de la Cedeao ayant pris part à l’installation des dirigeants de la Transition.

Issa Dembélé

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