Un jour, un événement : Aigles-Sporting Lisbonne 1-4 : Un spectacle soigné

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Il y’a 33 ans (le 17 juin 1987), le Mali avait eu le privilège de recevoir au stade Omnisports le dernier club de Salif Keïta «Domingo», le Sporting Lisbonne pour un match de prestige. Sous la houlette de leur capitaine, Manuel Fernandes intenable, les Portugais se sont largement imposés 4-1. Dans la foulée, ils engageront deux joueurs maliens : Amadou Pathé Diallo et Abdoulaye Kaloga. La rencontre s’est déroulée sous les yeux de l’un des journalistes de Podium, Mad Diarra dont nous vous proposons le compte-rendu et l’analyse du match

à défaut d’un partage de points, les Aigles du Mali, pour leur première sortie de l’après Cabral ne méritaient pas d’être aussi largement battus par les Portugais du Sporting Lisbonne. Seulement voilà, ce match (d’un bon niveau technique soulignons-le au passage ndlr), a démontré toute l’étendue du chemin qui sépare le réalisme et surtout l’efficacité des professionnels aguerris de la naïveté des amateurs. En football, la différence s’appelle métier et si la réussite s’en mêle l’écart au score prend des dimensions qui firent passer notre équipe pour les gamins de la maternelle. Nous n’avons pas la prétention de comparer globalement les Aigles aux coéquipiers de Manuel Fernandes, mais les handicaps d’une défense où seuls Vieux Djan et Ousmane Farota à un degré moindre étaient exempts de reproche, se sont payés au tarif élevé.

Man, Aly Diarra et Sofiana Keïta, par leur manque total de rigueur, contribuèrent pour une grande part à la tournure que prirent les événements. Pour le reste, l’attaque bien que maladroite (n’est-ce pas Seydou ?) pourrait avoir à sa décharge d’avoir eu devant elle un gardien, moyen par la taille mais immense par le talent. Vital George, le keeper des Verts et Blancs a réussi au stade omnisports un sans-faute et son extrême sûreté laissa une grosse impression au public.

Ce fut d’ailleurs lui qui enraya la première occasion des Aigles à la 7è lorsque driblé dans sa sortie par Boubacar Sanogo, il put se redresser au prix d’un étonnant coup de reins pour capter le court centre en retrait de l’attaquant. Dans la minute suivante, il effectua successivement deux arrêts reflexes extraordinaires sur un tir de Boubacar Sanogo et un lob d’Abdoulaye Kaloga. à la 13è min, Adama Traoré démarque Mamadou Traoré qui sans doute impressionné Vital tira précipitamment alors qu’il avait toute latitude pour s’avancer et mieux ajuster son boulet. Le public qui ne s’attendait pas se trouver à pareille fête offensive, s’enflamma pour son équipe mais son enthousiasme fut durement douché à la 16è min. Sur un coup-franc, Mario Coelho de la droite leva la balle pour Meade Raphael au second poteau lequel recentra pour Oceano Cruz qui marqua de près.

Ce sera d’ailleurs et à nouveau sur une balle arrêtée que les Portugais marqueront le troisième but qui coupera définitivement les jambes de l’EN bien revenue en seconde période. Mais auparavant, Manuel Fernandes (tir sur le poteau 28è min), Meade Raphael (29è min) furent bien près d’aggraver le score. à la 35è minute, le Sporting augmentera son avance. Un but qui démontrait bien les qualités d’attaquant de Cadorin Serge. Il déborda Ali Diarra et tenta du gauche un centre que Ousmane Farota repoussa mais droit dans les pieds du Portugais dont la reprise du droit (un tir sans angle) alla se ficher dans le coin des buts maliens.

LES AIGLES INSPIRéS-L’équipe nationale atteignit la pause sur un score qui ne rendait justice ni à ses efforts, ni à ses occasions nettes de marquer de buts. à la reprise, le replâtrage effectué par Kidian Diallo en défense (Man latéral, Jardin libéro) s’il ne garantissait pas pour autant une réelle sûreté défensive apporta aux attaquants des appuis ponctuels du fait de la domination effectuée par les Aigles durant une demi-heure. Tactique de repli délibéré du Sporting ou fatigue du voyage ?

Nous pencherons pour la seconde hypothèse au vu de la hargne avec la quelle Vital après chaque parade difficile s’en prenait à ses défenseurs. Les Aigles avaient débuté avec plus de volonté que d’adresse leur domination : ratage d’Adama Traoré dans une position super favorable (48è min) tir peu appuyé d’Abdoulaye Kaloga à une quinzaine de mètres de la cage portugaise (50è min), toile de Seydou Diarra sur une reprise plus fantaisiste qu’acrobatique (51è min). Par la suite, Vital Jorge dut s’employer à fond pour détourner au prix d’une incroyable détente dorsale un lob de Seydou Diarra (56è min) et pour bloquer un tir de Boubacar Sanogo.
Alors que les spectateurs commençaient à douter sérieusement devant un si redoutable savoir-faire Jorge Vital céda enfin.

Un boulet de canon surpris Abdoulaye Kaloga, le loba pour percuter le poteau et rebondir sur Seydou Diarra qui put ajuster le cuir dans le but vide. La réduction du score récompensait une EN entreprenante et par moments inspirée à l’image d’Abdoulaye Kaloga qui multipliait les tours de dribble et amenait souvent le danger dans le camp du Sporting. Dommage que Vieux Diallo avec lequel il s’entendait bien pour conduire les attaques, leva le pied et que Seydou Diarra parut émoussé. La rentrée de deux attaquants frais Yacouba Diarra et Issa Diarra n’apporta malheureusement pas le punch souhaité. Tandis qu’au Sporting, le sang neuf injecté (Houtman-Victor Santos et Gabriel Mendez) requinqua les Portugais. Leur 3è but coupa définitivement les ailes des Aigles.

LE SPORTING EN TOUTE VITESSE-Sur le coup franc (77è min), Ousmane Farota fut transpercé par Manuel Fernandes ayant placé la balle au-dessus du mur. Après deux bonnes sorties au pied du gardien des Aigles devant Houtman (34è min) et Océano (35è min), le Sporting Lisbonne marqua son quatrième but encore sur une balle arrêtée. Sur un coup franc en forme de mini-corner, Manuel Fernandes (encore lui) leva la balle pour son avant-centre néerlandais, Houtman, lequel fit admirer son excellent jeu de tête en battant Farota au second poteau. Le Sporting d’ailleurs termina à toute vitesse un match que les Aigles ont perdu à cause de leur grosse naïveté.

L’arbitre Drissa Traoré mit fin à la partie pendant que les Portugais cavalaient encore vers les buts maliens. Quelle physionomie aurait eu l’équipe si elle avait pu bénéficier des services de Drissa Traoré «Poker», Aboubacar Traoré et Moussa Koné ? Elle aurait certainement gagné en sûreté défensive (avec le sérieux de Poker) et aurait eu un choix plus large de possibilités au milieu de terrain. Et sans doute aurait-elle pu terminer avec un écart plus conforme au bel esprit démontré. Mais est-il utile de tirer des plans sur la comète, alors que nul ne peut dire quand les Aigles se retrouveront encore.

M. DIARRA

Mercredi 17 juin 1987 au stade Omnisports
Mali-Sporting Lisbonne : 1-4
Buts de Seydou Diarra (50è min) pour le Mali, Oceano (16è min), Cadorin (35è min), Manuel Fernandes (77è min), Houtman (84è min) pour le Sporting Lisbonne.
Mali : Ousmane Farota, Ousmane Doumbia, Boubacar Traoré, Soufiana Keïta, (Boubacar Sidibé), Aly Diarra, Adama Traoré, Modibo Kouyaté (Issa Diarra), Abdoulaye Kaloga, Amadou Pathé Diallo, Mamadou Traoré, Seydou Diarra, Boubacar Sanogo (Yacouba Diarra).
Sporting Lisbonne : Vital Jorge, Joao Luis Barbosa, Duilo Junior, Litos Luis Filipe (Victor Santos), Mario Jorge Fernandes (Gabriel Mendes), Mario Cielho, Oceano Cruz, Silvio Paiva, Fernandès Tavares, Cadorin Serge (Petrus Houtman), Meade Raphael.
Bon arbitrage de Drissa Traoré.

Note de la Rédaction : C’est suite à cette rencontre que le club Lisboète engagea Abdoulaye Kaloga et Amadou Pathé Diallo. Les Maliens connaissaient bien le Sporting de Lisbonne où leur compatriote, Salif Keïta a terminé sa carrière européenne. Et c’est peut-être pour ça que le club de la capitale portugaise a fait le déplacement.

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