Uniforme scolaire : Utile et pédagogique

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Des élèves en tenue scolaire dans une classe

Lorsque l’élève revêt sa tenue scolaire, il prend conscience de la spécificité du temps du travail, différent de celui de ses loisirs. 
Il distingue aussi l’espace de l’école de celui de sa vie privée

Les élèves ont repris le chemin de l’école depuis le premier octobre dernier. Mais la rentrée scolaire remet toujours sur le tapis, la récurrente question de l’obligation du port de l’uniforme scolaire ou pas. Dans notre pays, les avis sont nettement tranchés. Certains parents d’élèves jugent l’initiative salutaire dans son essence et estiment que le port de la tenue scolaire permet d’aplanir les différences sociales qui peuvent apparaître à travers la qualité des vêtements portés par les élèves, et de décomplexer ceux qui sont issus de familles moins nanties. Ces défenseurs y voient une approche pédagogique de mettre tout le monde sur un pied d’égalité.
Ceux qui développent un avis contraire expliquent simplement que c’est des poches de dépenses supplémentaires pour les parents d’élèves. Ces pourfendeurs n’apprécient nullement l’initiative de faire porter des uniformes aux élèves au niveau de l’enseignement fondamental.

Pour ou contre ? Analyses croisées d’acteurs de premier plan sur la nécessité de porter les tenues scolaires ou pas. Le secrétaire général du ministère de l’Éducation nationale, Kinane Ag Gadeda, explique qu’un projet d’arrêté ministériel sur le port de l’uniforme scolaire est sur la table de son département. Cette décision va instituer le port de l’uniforme scolaire dans tous les établissements publics, privés, communautaires de l’enseignement fondamental, secondaire général, technique et professionnel et d’enseignement normal, voire les écoles coraniques (medersas). Dans les établissements publics et privés, les garçons porteront un pantalon en tissu Kaki et une chemise en popeline de couleur bleue. Pour les filles, le port d’une jupe paysanne en Kaki et une chemise en popeline de la même couleur bleue que chez les garçons sera obligatoire. Notre équipe de reportage a fait le tour de certains établissements scolaires. Au niveau du lycée Mamadou M’Bodj de Sébénicoro, de nombreux élèves étaient vêtus en uniforme scolaire. On pouvait énumérer sur un ticket de métro ceux qui n’en portaient pas. Selon Mme Sall Hawa Saye, proviseur de cet établissement d’enseignement secondaire, le port de la tenue scolaire est une exigence pour les élèves.

Pour elle, tout élève qui ne vient pas avec son uniforme est renvoyé. « Après la rentrée scolaire, on accorde un sursis de deux semaines aux élèves afin qu’ils s’achetent l’uniforme scolaire. Celle-ci a le mérite de différencier les scolaires de jeunes délinquants qui infiltrent parfois les établissements scolaires», explique la responsable d’établissement scolaire. À l’entendre, l’initiative sécurise mieux l’élève au sein de l’école.
Comme à l’accoutumée, le port de la tenue scolaire devient de plus une exigence dans les établissements scolaires. Une manière pour les directions d’écoles de mettre en pratique une approche pédagogique et de soulager les parents d’élèves qui investissent beaucoup d’argent dans l’habillement de leurs enfants durant l’année scolaire.
Ainsi, chaque matin, collégiennes et collégiens portent un uniforme scolaire. Mais, cette obligation est différemment appréciée par les élèves. Selon les spécialistes, l’uniforme scolaire est un outil pédagogique. À ce titre, il apporte aux élèves des éléments de compréhension qui favorisent un processus d’adaptation de leur comportement et de concentration.
Dès le début de la journée, lorsqu’il revêt sa tenue scolaire, l’élève prend conscience de la spécificité du temps du travail, différent de celui de ses loisirs. 
De la même façon, il distingue l’espace de l’école (où il porte son uniforme) de celui de la vie privée (où il est habillé différemment).
 Les uniformes des garçons sont généralement composés d’un pantalon sombre, ou souvent d’une culotte courte, assortis d’une chemise accompagnée souvent de cravate. Mais, pendant la période de froid, certains élèves se couvrent avec des vêtements indiqués contre le froid.

Les uniformes de filles peuvent être composés d’une cravate, d’une jupe ou d’un kilt, et un chemisier. Le fait qu’il y ait des tenues différentes pour les filles et les garçons suscite à tort ou à raison des débats. Mais, il est inutile de se perdre en conjectures sur la question. Certains établissements permettent aux filles de choisir entre jupe et pantalon.
Devant le lycée Dramane Diallo, sis à Djicoroni-Para, Ahmed Keïta, parent d’élève résidant dans un quartier du district de Bamako, explique investir à chaque rentrée scolaire plus de 50.000 Fcfa dans les uniformes scolaires de sa progéniture. Il ne le regrette pas puisque chacun de ses enfants peut faire toute l’année scolaire avec deux uniformes. Il souligne que hormis les tenues scolaires et les fournitures, il n’achète aucun vêtement pour ses enfants sauf pendant les vacances.
Quant à Mariam Traoré, mère et veuve de 4 enfants, elle estime que les établissements doivent tolérer certains élèves dont les parents n’ont pas forcément les moyens d’acheter l’uniforme scolaire au premier mois de la rentrée scolaire. Il faut accorder un délai raisonnable à ces parents d’élèves.
« Les élèves sont vraiment bien en uniforme scolaire. Mais, il ne faut pas les priver de cours parce qu’ils n’y sont pas habillés », suggère la mère de famille.
Cheikh Camara, la quarantaine, est enseignant et parent d’élèves. Il relève que « la gestion des règlements liés aux uniformes est une tâche importante». Pour lui, en attendant l’institutionnalisation de la tenue scolaire, il investit au minimum 75.000 Fcfa dans l’achat des uniformes scolaires de ses 5 enfants (3 filles et 2 garçons).
« À chaque rentrée, j’effectue plus de dépenses dans les uniformes et fournitures scolaires. Maintenant, avec les uniformes scolaires, j’espère moins dépenser. Il révèle que c’est aussi l’occasion pour eux de bien conserver les autres vêtements afin de les retrouver tous neufs à la fin de l’année scolaire.

Fadi CISSÉ

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